REVUE DES LIYRES 113 hl. Gucrin s'êlèrn a\'ec beaucoup de force contre ces derniers. et montre avec un luxe de preuves fi l'appui la nécessité de maintenir l'étude de ces langues, sans lesquelles nous ne saurions comprendre la civilisation admirable dont la nùtrc est issue; car la pensée et les institutions gréco-romaines sont certainement les ancètres directs de la pensée et de la civilisation contPmporaines. i\I. Guérin estime que l'influence de la littérntu1·e gréco-latine est moralisati\ce et fortifiante. li aurnit pu ajouter que de nos jours, surtout, cette influence tend à s'accroitre au lieu de diminuer et qu'il est plus indispensable que jamais de recourir à cet important facteur de développement intellectuel. On comprend mieux, en effet, aujourd'hui que jadis, ces deux littératures, qu'on traduisait autrefois servilement, sans sentir l'élévation de la pensée et le côté humain de l'idée philosophique supérieure qui éclaire toutes les pages de l'antiquité classique. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer aux traductions et aux commentaires contemporains les plates traductions et les insipides remarques auxquelles donnaient lieu l'étude <le la littérature gréco-latine au X\"Ill' ou X\"Il' siècles. Quels hommes cependant, quelles géné1·ations l'enseignement classique a pétris. Quelle subite jeunesse sùrtit du suaire du moyen-àge, quand le monde. jusque-là abêti, se retrempa aux pu,·es sources de la littérature antique et substitua, dans son enseignement lP latin de Lucrèce et le grec d'Homère aux jargons scolastiques de nos universités I Le X\'III' siècle, - le grand sièrlc inoubliable! - était tout imprégné de l'esprit scientifique de la Grèce et de la graRdeur d'àme ,·omaine, quand il exécuta ces deux œuvres formidables : L'Encyclopcdie et la Ré,·olution. Gardons-nous donc, aujoui·d'hui que nous connaissons leurs sublimes vertus salutaires, de dessécher pour les générations qui viennent, ces sou1·ces d'a1·t et de pensée ... Est-ce à di1·e,cependant, que tout soit pour le mieux dans notre enseignement classique? Que nous devions conserver avec un soin jaloux les deux et fatigantes leçons de Burnouf et de Lhomond? M. Guérin ne le pense point, et tout en maintenant l'étude du grec et du latin, il voudrait voir adopter des méthodes radicalement différentes de celles en vigueQr jusqu'ici. - Mais comme cette méthode se confond, dans le plan de l'auteur avec son projet général de réforme de l'enseignement, nous allons pour plus de clarté indiquer celui-ci, dans lequel le premier se trouvera compris: Tout d'abord, 111.Guérin n'admet pas la distinction établie entre l'enseignement spécial et l'enseignement classique. - Il y a, dit-il en substance, une source générale de connaissances indispensables à tous, quelle que soit la carrière à laquelle on se destine. Avant d'être destiné à telle profession, l'enfant qui entre au lycée ou au collège doit rlevenir un homme. Il doit donc acquél'Îr les connaissances morales et scientifiques qui lui permettront d'être un homme et supp1·imer les humanités, sous prétexte de spécialisation, est un contre sens. Assurons d'abord à l'enfant les moyens de dc\'enir un homme ; ce n'est que lorsqu'il aura acquis le minimum de connaissances nécessaires à cet effet, qu'il embrassera une carrière, - l'enseignement spécial. Ce minimum de connaissances, nécessaires à tous, constitue donc pour M. Guérin. l'enseignement classique proprement dit. Que sera cet enseignement classique? « L'histoire générale de l'évolution universelle, depuis la matière cosmique, jusqu'à l'homme perfectible », nous répond l'auteur. L'histoil·e de l'homme et de son milieu, • la récapitulation de la vie de l'humanité », telle est en effet la méthode par excellence qui, selon lui, permettra de donner dans l'enseignement, la somme de connaissances géné,·ales qu'il place à la base de toute éducation. Car en • récapitulant, selon ses expressions, la vie de l'humanité», on initiera la jeunesse aux progrès scientifiques et moraux dont il doit avoir une vue générale sommaire. 8
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