La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

UNE CONFÉRENCE SOCIALISTE 89 V Ici Colajanni aborde les causes de la force artuelle et dtJ la rapidité de propagationdu, socialisme, et s'exprime ainsi: {< L'étude des causes de la propagation des théories socialistes et des tentatives, ou violentes, ou légales, qui ont été faites pour l'instituer, est d'une extrême utilité, parce qu'elle donne un criterium pour juger la réelle efficacité de quelques-unes des idées proposées. » « Je n'entends pas, cependant, excuser les erreurs d'exposition commises par quelques écrivains de distinction, comme par exemple le sénateur Ellero, dont il a été parlé dans un de mes écrits publié depuis longues années. {{ Parmi les propositions erronées ou reconnues telles, je choisis seulement celle qui consiste à prétendre, qu'aujourd'hui, la misère des travailleurs est plus grande qu'autrefois.» {< Ce n'est pas vrai dans le sens absolu ; mais, ce qui est vrai, étant donné le grand développement de la richesse, c'est que la distance entre les très riches et les très pauvres est plus grande que par le passé, d'où il résulte que, chez les prolétaires, ce qui est véritablement augmenté, c'~st la 111isèrcelative, 11 Ceci ne suffirait pas à expliquer l'extension considérable de la propagande socialiste, et spécialement sa rapidité, si on ne constatait en même temps l'intervention d'un autre puissant facteur, dont l'influence efficace n'est pas reconnue seulement par les socialistes, mais aussi par leurs adversaires. Ce facteur c'est l'inst,uction, qui avive les souffrances psychologiques résultant d'une trop grande distance entre les classes, en démontre l'irrationalité, détruit ainsi les postulats du christianisme et de la bourgeoisie sur l'égalité, et donne, aux prolétaires la conscience de leurs propres forces. » {< L'instruction est un tel· facteur de propagande, que certains conservateurs anglais, par prudence, empêchent les enfants pauvres d'aller à l'école. L'instruction directe de la classe prolétarienne reçoit encore un grand secours, qui lui est apporté par la classe des mécontents appartenant à la bourgeoisiepauvre, qui ont conscience de valoir autant et même plus que tant d'oisifs jouisseurs. L'armée de~ mécontents se grossit encore rapidement de tous ceux que dépossèdent le grande industrie et la grande propriété agricole,qui marchent sans cesse vers la reconstitution des latifundia et la création d'une nouvelle féodalité industrielle, au grand dommage des petits propriétaires et des artisans, qui se voient ainsi réduits à la condition de prolétaires. C'est ainsi que les classes intermédiaires se désagrègent et se rencontrent

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