La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

REVUE DES LIVRES 761 à consliW'ver, elles sont à relire ces pages si virantes, si intenses, de railJante polémique, elle ont le double mérite d'être aussi bien écrites que bien pensées. Les Daudet, les Claretie et les Barrès, sans compter les Feuillet ou les Belot,à qui on ne songe déjà plus guère,tous les habiles,tous les faiseurs,les usurpateurs de renommée sont assez rudement malmenés par Sainte-Croix, qui na les aiment guère. En revanche, avec quelle bravoure, qnelle sincérité et quelle loyauté il sait affirmer ses sympathies pour de très nobles et très désintéressés artistes comme Paul Margueritte, Jean Lombard, Remy de Gourmont, ·Jacques le Lorrain, Louis Dumur, Eugène Fournière, dont il analyse les œuvres avec une nette conscience. L'admiration qu'il témoigne à certaine page de son volume, pour Armand Carrel, ce Haî preux, nous semble, d'ailleu_rs, indiquer d'une fac;on caractéristique,. le tempérament de Camille Sainte-Croix. Que de choses en ce volume nous rnudrions pouvoir citer, afin que d'autres puissent partager l'estime que nous ressentons pour notre yaillant camarade? mais. on peut le juger, il nous semble, sui· cette phrase qui l'honore amplement. « La première et peut-être l'unique condition pour rester artiste pur, c'-est de l'ètre avant tout, contre tout, avec la fol'tune ou malgré la misère.)) L'Éléphant, l vol., par CH. MESKIet JEAc'ICouRT.- Savine, édit. Autour du général poète Grinoche, s'agitent, grouillent d'amusants fantoc.hes, bohèmes de tous genres, de classes de toutes espèces, grands humeurs de bocks autant que grands édificateurs de transcendantes théories; an demeurant, piètres personnages et méprisables hères. C'est là l'habituelle clientèle de ]'Eléphant, rague brassel"ie pseudo-al"tistique de la rive ganche. Avec cette donnée, les deux auteurs auraient pn faire, ce nous semble, un livre vraiment comique. Ils ont préféré (nous ne le leur reprochons pas), traiter ces choses de charitable façon. C'est de la pitié qui se dégage de leur œuvre bien justement observée. Certes oui, ils sont bien à plaindre ceux qui se laissent entrainer à cette seule existence et sacrifient si sottement des énergies dont pourtant le besoin est si nécessaire par ailleurs, et. on comprend bien les dégoûts de Jacques Treillis, le sincère artiste, devant un si écœurant gaspillage d'intelligence et de force. La. Vierge, par ALFREUVALLETTE, l vol., chez Tresse et Stock. Babylas, ce prénom ridicule fera le malheur du pauvre enfant qui en èst affublé. Il sera d'abord lé souffre-douleur de la pension où son père l'envoie, puis le bouffon de la petite ville qu'il habite. Les plaisanteries qu'on lui décochera ne feront qu'augmenter une instinctive timidité. Il vivra seul. Sa mère morte, il ne connaitra aucune tendresse, aucune caresse, car il aura l'effroi de la femme et tous ses essais amoureux avorteront de lamentable manière. Après une vie lente, monotone, triste, Babylas succombera enfin, épuisé par des désirs incomplètement satisfaits.

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