La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

REVT)E DES LIVRES ï59 les faciles railleries, ll}i ordinaire des productions socialistes. En faée d'une doctrine aussi complète, aussi nue. dans laquelle si large place était faite aux considérations morales, la critique anti-socialiste se faisait éourtoise et sérieuse. Pour la discussion, elle s'en tint à quelque question de détail et n'eut que rarement recours à ces terribles axiomes économiques dont elle a coutume de se servir pour pulvériser les élucubrations socialisl'es. Ce qu'elle souhaitait, cette excellente critique, c'est que le théoricien du Socialisme _intégral, faisant abstraction de ses espérances idéalistes, s'occupât un peu moins de l'arenir et davantage du présent, que partant de l'organisation actuelle il voulut bien nous cicéroner par les routes qu'il affirmait facilement praticables, et, d'étape en étape, nous conduire jusqu'aux Edens socialistes. Ces exigences, d'ailleurs parfaitement justifiables, Benoit Malon les avait prévues et avant qu'elles se manifestassent il travaillait à les satisfaire en édifiant l'ouvrage titré, Socialisme JntJgral (IJc partie), objet de notre courte et trop imparfaite étude. • Par le sous-titl'e - Des 1·éfo1·mespossibles et des moyens pratiques - l'on YOit à prio1·i que Malon n'a répondu qu'à une pa1·tie de la mise en demeure, pour l'autre il l'ajourne à la publication d'un troisième volume, dernier du Socialisme Jntég1·al qui symbolisera ainsi l'évolution socialiste tout entière. « Etant donné les hommes et les choses du présent et surtout le lourd « amoncellement de pI'éjugés et d'habitudes invétérées sous lequel nous <~ ployons; l'entassement des institutions et d'organisations iniques que « nous subissons, o::omment s'y p1·endraient les novateurs réformistes, si « hardis en critique, pour, sans trop heul'ter les intérêts en lutte, sans « trop effaroucher la masse des panurgiens. sans cesser d'être équitables « et pratiques, supprimer immédiatement l'ext!'ème misère, améliorer de « suite les conditions du travail et orienter la société régénérée rers les « justices nouvelles que promet le socialisme collectiviste. ,, Voilà ce que va nous apprendre Malon. On saura lui rendre cette justice de n'avoir sur aucun point fui le débat. Il s'est placé au cœut· même de la lutte, au milieu des intérêts contraires, des appétits déchainés, aux fameuses réalités économiques il a fait la part qui leur Mn venait et courageusement il a abordé tous les gros problèmes dont le système de production capitaliste impose si urgemment la solution. Le chapitre initial de ce livre qui traite des coopérations ourrières est longuement développé, c'est qu'il s'agit là d'une question de principe qu'il importe grandement d'élucider, une dirergence dans les opinions pouvant, pour quelque temps, infirmer en apparence quelques-unes des revendications socialistes et amener au sein du prolétariat des dirisions que la classe bou,·geoise et conservatrice ne manquerait pas de favoriser. Nous n'en sommes pas là fort heureusement, les dangers d'une fausse interprétation de l'idée coopérative semblent, au contraire, définitivement écartés, les coopérateurs adoptant en grand nombre le programme de leurs vaillants camarades belges et venant épaissir les rangs de la phalange socialiste. Cette adhésion, de longtemps prévue, pour être un peu tardire n'en est pas moins sincèrement définitive.

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