704 LA REVUE SOCIALISTE besoin de vivre devient d'autant plus intense, plus tenace, plus irrésistible, plus impulsif, qu'il est plus conscient et plus renforcé par la crainte de la mort. C'est là un fait d'observation. On a remarqué que les animaux n'ont pas la peur de la mort, au moins en dehors du spectacle de la mort de leurs sP.mblables, car il est certain qu'ils acquièrent très vite la notion du danger, et les démonstrations qu'ils font autour des cadavres tendent à prouver quïls arrivent à une sensation quelconque de ce quenous appelons la mort; mais on ne peul pas en conclure qu'ils. en acquièrent une notion quelconque. ni surtout qu'ils en aient la crainte). Chez les hommes primitifs ou plutôt chez les sauvages, nous constatons pareille absence de la peur de la mort, au moins chez les peuplades suffisamment arriérées pour n'avoir pas encore été envahies par l'idée religieuse. Chez les animaux comme chez les hommes primitifs, inférieurs ou dégénérés, lebesoin de vivre existe toujours, mais il n'a point ce caraclèreimpérieux, irrésistible qn'il revêt dès qu'il devient conscient et prend un redoublement de force dans les << affres de la m,ort )>. Les idées religieuses ont pu atténuer. cet affolement de la mort, mais, à part des exceptions relativement peu nombreuses, il fan t bien reconnaître que la perspective d'une meilleure vie, d'une éternelle félicité, n'a pu arriver à supprimer ce besoin de vivre, à détruire cet instinct de la conservation, c'est même là unepreuve <lela force de cet instinct, surtout si on rapproche ce fait de toutes les folies dont s'est montrée capable notre pauvre humanité: c'est le cas de redire que<<Monsieur Tout le monde» a plus d'esprit que Voltaire et qne tous les dieux et tous les philosophes. ce qui est heureux; car, avec d'aussi belles promesses, tous les « Adam >> modernes auraient dû s'empresser de quitter cette « Terre maudite », cette« vie de douleurs » pour s'envoler dans le ciel où les attendent des« félicités éternelles» en récompense de leur c< sacrifice», de cette vie qui leur a été « imposée à titre d'épreuve )). Ç'eùt été un moyen radical de traiter la « question sociale » et d'échapper à << l'horrible loi de la Nature ». Si l'instinct de conservation s'est intensifié au fur et à mesure que la crainte de la mort s'est développée par laperception incessante de ses horreurs, la ~ouscience de plus en plus. nette des conditions de la vie et des caractères de la mort, a peu . à peu donné naissance à un germe d'altruisme sous la forme de sympathie, de pitié, de compassion, puis de solidari:é : de là, le culte des morts, le soin des malades et des mourants, les dévoùments et les sacrifices, qui sont comme autant d'expressions et de preuves de l'instinct de conservation de l'espèce, devenant de
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