La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE la main. Comme bien l'on pense, la position gênée de sa famille ne lui permit point d'achever ses études. Ne nous en plaignons pas. Livré à ses seules forces, Proudhon sentit mieux encore le prix de l'instruction; et durant les loisirs que lui laissait sa profession d'ouvrier typographe - profession avantageuse pour lui, après tout - il continuait à alimenter son intelligence, par des lectures saines et judicieuses. Proudhon poussait si loin le zèle de l'étude qu'il apprit seul l'hébreu et plusieurs autre langues étrangères. A ce moment ses goùts le portaient surtout vers la linguistique, Un écrit de lui, publié en 1837, sous le titre d' Essai de Gr1111111igaéirneérnle. commence à le faire connaître du public savant. Notre incompétence ne nous permet pas de discuter la méthode rationnelle dont il faisait usage, dans cet essai, pour expliquer l'origine des langues. Bornons-nous à dire que son tort nous paraît être de se renfermer dans un point de vue un peu étroit, qui ne lui permet pas d'entrevoir d'une manière suffisamment claire la parenté des langues, c'est-à-dire la marque par laquelle on reconnait le groupe, la famille dont elles font partie. La dérivation indo-européenne lui est complètement étrangère, et il explique l'unité du genre humain par l'unité d'origine des langues, « idée dont je suis bien revenu, écrivait-il plus tard, l'identité ne tenant pas, selon mon opinion présente, à l'exacte uniformité du type, non plus qu'à la .:ommunauté de la souche, ainsi qu'au décalquement, si je puis ainsi dire, d'une prétendue langue primitive. » Mais, encore une fois, passons. L' Essni de gram11111igrée11érnle. et les CJ?..echercsbucrs les Catégoriesgra111m11ticalest sur quelquesorigi11es de la la11gufer1111ç11ise n sont pas pour nous intéresser, - du moins ici. L'Académie de Besançon décerna à notre auteur un acces~.it, pour le premier de ces travaux; et peu après son nom fut mis sur les rangs, à propos d'une élection. « li y a sept candidats, écrivait Proudhon à son ami Ackermann, qui se remuent et s'agitent; on conte des choses incroyables. Comme je parais le plus redoutable, c'est contre moi que les efforts de l'opposition académique se réunissent. L'un dit que je suis trop vieux ('Proudhon avait alorsvingt-neuf ans) ; l'autre que j'ai un établissement industriel, partant que je suis assez savant comme cela. Celui-ci prétend que je suis protestant. - Protestant I vous êtes honnête, réplique un quatrième; c'est un homme sans religion. » Un membre de l'Académie essayait même de dénier à Proudhon la paternité de sa Grammaire générale. Et néanmoins, en dépit des entraves qui lui étaient suscitées, Proudhon fut élu à l'unanimité des voix. - Dans le même temps nous le voyons écrire à Ackermann une lettre qui est en même temps comme une profession de foi. La voici en substance : « Proudhon, tu te dois avant tout à la cause des pauvres, à l'affranchissement des petits, à l'instruction du peuple ; tu seras peut-être en abomination aux riches et aux puissants ; ceux qui tiennent la clef de la science et de Pultus te maudiront; poursuis ta route de réformateur à travers les persécutions, la calomnie, la douleur et la mort

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