La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

REVUE DES LIVRES 639 quelques esprits moroses ont, parait-il. estimé trop lestes, pour la raison que nous avons exprimée déjà. Nos compliments sincères au n.tillant poète socialiste. Patrie, par Louis GASTINE, l vol., chez Savine. Démontrer que le. Patrio_tisme n'existe pas, que les démarcations de frontières - entraves mises au P1·ogrés et au bien-être universel - ne profitent qu'aux gouvernants, tel est le but de ce livre. Il soulevera probablement de nombreuses colères. Personnellement nous n'hésitons pas à l'approuver complètement.. L'auteu1· s'éléve avel) force contre cette prét~ntion que les pseudo-patriotes émettent d'êtrP. les vrais continuateurs de la tradition révolutionnaire. Le peuple de 1791 à 179J a plutôt défendu ses conquêtes récentes, ses droits, sa liberté, contre l'Europe coalisée que l'intégrité du territoire. et cela s'entend puisque la France n'existait pas sous la monarchie. Et si la Révolution fut Yictorieuse de ses adversaires c'est que tout le peuple avait compris quels intérêts souverains il avait alors à défendre. A-t-on retrouvé le mên,e clan depuis le despotique régime d'un Napoléon, et l'unification française'! D'ailleurs, la Révolution avait ëté inspirée par des philosophes dont la théorie essentiellement humanitaini est la négation du patriotisme sectaire. Si haut que l'on remonte dans l'histoire, à bien examiner les faits, aucun des actes cités par les écrivains patriotes à l'appui de leur thése ne peut être admis comme un acte de réel dévouement à cette chose abstraite-: la Patrie. Cette conception inférieurement mesquine· a été combattue et niée par tous les penseurs et les philosoJ5hes modernes. On ne voit parmi ses défe1!seurs que des fous ou des niais, des Deroulède ou des Laur, qui, pour le bien-être public, devraient être mis en lieu sûr jusqu'à _compléte guérison. La façon même dont cea infortunes malades manifestent leur sentiment - épileptiques colèrP.S à propos de l'ExpositH,n de Berlin ,,t du Lohengrin - ont même eu cet heureux résultat d'éloigner d'eux un grand nombre d'hommes qui, par suite d'une éducation fausse, se t1·ouYaient disposés à admettre leur théorie. Il est criminel d'enseigner aux hommes la haine de leurs semblables, cepenrlant c'est ce qui se fait tous les jours, dans les écoles, à l'armée, où 1<ystématiquement l'on prèche le mépris et la haine des peuples voisin3. On a repris sous la troisiéme république le~ si asservissante~ théories, contre lesquelles s'éle,·ô.i.ientcependant avec ta:it de Yirulence, à la fin de· l'Empire, la plupart de nos gou \"Crnants actuels. En développant davantage les vrais principes de générosité et de justice qui sont latents en l'intellect de chaque individu, on agirait plus conformément au droit d'abord cl on obtiendrô.1.itsûrement un dévouement plus raisonné et plus entier à la chose publique. Quel ·homme, Yraiment ints:illigent, consent à ,•iolcnter son indépendance? Une . nation bien pénétrée du sentiment de sa liberté, résistera toujours ,•ictorieusement aux entreprises d'une armée de prétoriens agissant et combattant pour un intérêt dynastique. La Rëvo!ution Française en a donné la preuve. Au reste, ces choses si évidentes pour tous ceux qui raisonnent, deviendront plus tôt qu'on ne ,•eut l'admettre, une vérité de carrefour. Tout récemment encore, 1\1:\1. Henri Fèvre, Remy de Gourmont, Octave Mirbe?,u, altirm,iient ces croyances·à l'humanité souveraine. Ce ne sont là que les prodromes . d'une manifestation prochaine, réellement populaire, dont Je récent Congres de Bruxelles a permis d'entrevoir le résultat fécond et grandiose.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==