584 LA REVUE SOCIALISTE L'AME DE DEMAIN (Suite) DEUXIÈME LETTRE Cannes, 21 Novembre, Tout d'abord, cher Monsieur Ferrals, que je vous procure unesatisfaction: vous avez deviné juste quant à mes origines. Pour la santé, il y a moins de mérite: on ne va pas s'enterrer à Cannes dès novembre quand on est bien portant. Vous avez donc bien établi mon diagnostic physiologique, mais je crains que vous n'ayez pas autant réussi le psychologique. C'est cependant l'important, l'essentiel, car je ne pense pas que vous prétendiez opérer ma cure intellectuelle par le bromure ou l'électricité. Avez-vous jamais rét1échi sur la profonde stupidité de certains adages? Pour moi, je trouve stupide entre tous les prétentieux 111e11s sana in co,pore sa110. Si vous n'êtes pas de mon avis (et combien je le crains)! expliquez-moi les débiles et souffreteux Spinoza, Pascal, Rousseau, Byron, Swinburne, Guyau? Dites-moi bien dans votre prochaine lettre, ce que vous pensez là-dessus, et fixez-moi bien exactement. Si mon pressentiment se réalisait, je n'hésiterais pas à me reprendre, laissant la bête aux mains du médecin et l'esprit s'en aller à la dérive, définitivement. Est-ce pour gagner ma confiance, est-ce pour bercer mon mal que vous avez approuvé mon inquiétude: Je ne puis admettre que vous ayez eu recours à une pieuse fraude de médecin bienveillant ; vous affirmez trop hautement la nécessité de ne point laisser l'idéal s'envoler de l'âme humaine. Cependant, un point me tourmente: Avez-vous une formule, ou tout au moins une conception par à peu près de l'idéalis-
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