580 LA REVUE SOCIALISTE En comparant les deux programmes, on remarque de suite la: radiation de l'article premier de celui de Gotha (sur lccréditemen t des associations ouvrières par l'Etat). C'est le rejet net et précis de toute hypothès~ réformiste; tout repose,pour les congressistes d'Erfurt, sur la lutte des classes. Les rédactenrs sont allés si loin qu'ils sont tombés eux aussi dans l'utopie, en affirmant dans le premi0r parageaphe des ConsidéTants. la séparation de tous les membres de la société en deux classes, la ct,,sse possédante et la clrtsse ouvrière. Or, cc qu'ils posent comme un fait n'est encore qu'une tenclance; ajoutons même que la classe intermédiaire n·est pas la moins nombreuse. C'est assez dire que les conclusions que ron tire de cette affirmation, inexacte quant à présent. (la Xeue Zeit elle-même le reconnait) n'ont rien d'inéluctable.Des faits peu vent surgir qui donneraient à l'cffoctnation de la transformation sociale un caractère transactionnel; c·est-à-dire pacifique et réformiste. Le Comité directeur n'a pas eu d'hésitation à ce sujet, il a même accentué l'exclu si vismc révolutionnaire de cc nouveau programme par une énergique réprobation (1) de la socialisation des monopoles que les socialistes réformistes de France et de Belgique notamment considèrent comme le principal adjuvant de la transformation sociale par voie de réformes successives. On nous dit, à ce sujet, que le parti ouvrier socialiste allemand n'a rien de commun avec ceux qui veulent faire entrer les monopoles dans la catégorie des services publics, parce que « c'est lù, réunie dans une seule main, contre les travailleurs, le cc pouvoir de l'exploitation capitaliste et celui de l'oppression « politique. » Le sophi ·me saute aux yeux et nous l'avons d<'.-jràefutéailleurs : l'objection serait fondée si les directeurs actuels des compagnies financières et des grandes concentrations capitalistes étaient, contre l'Etat bourgeois, les champions de la liberté humaine et de la justice économique. Il nous semble qu'il n'en est ri0n et qu'entre la bourgeoisie dirigeante et la bourgeoisie exploitante, il n'y a divergence que lorsque, sous la pression du suffrage universel, les gouvernants veulent défendre la pensée moderne contre les impiétements d'un cléricalisme agressif ou garantir aux travailleurs le droit d'association qu'on a pu introduire dans nos lois, mais que les capitalistes ne veulent pas laisser entrer dans les mœurs. Dans ces cas seulement (et autres analogues), l'opposition (1) Voi1· le septiéme paragraphe des Considérants. Nous l'avons souligné· dans le texte.
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