LE CONGRÈS n'ERFURT 567 allemand, qui compte trente-cinq députés au Reichstag et peut se mouvoir avec une liberté relative, ne se contente plus d'appeler les prolétaires à l'organisation en parti de classe. Le moment est venu, selon lui, d'arracher aux classes dominantes des améliorations partielles : cc Chaque pas en avant, a-t-il dit, si petit qu'il soit, nous rapproche du but final. L'absolutisme pourrait nous être funeste. On a dit que ma.tactique aurait pour effet d'embourber le parti ; cela ne veut rien dire. On devrait apporter dans la discussion plus de calme et de réflexion.Bebel dit, il est vrai, que nous sommes bien près du but. « Il paraît que, dans notre parti, les prophètes fourmillent~· D'après Engels, le grand évènement, la catastrophe capitaliste aura lieu en 1898 : d'autres croient que la Révolution sociale éclatera en 1892ou en 1893. cc En proclamant toujours que la catastrophe finale va arriver bientè,t, on détourne le prolétariat de s'occuper des choses qui l'intéressent de plus près, et qui peuvent être réalisées.Ainsi, j-e puis accepter la proposition de Bebel, mais j'en rejette les arguments qu'il a développés pour l'appuyer. Ma tactique se meut sur le terrain de la tactique sui vie jusqu'ici : on ne doit pas s'exposer à perdre les résultats du grand mouvement, que nous avons créé, par des actes d'imprudences ou d'irréflexions ... << Je laisse de côté toutes les personnalités, je regrette que d'autres ne l'aient pas fait. On me reproche d'avoir quitté le terrain des principes socialistes. Ce n'est pas par des mots qu'on prouve le caractère révolutionnaire de notre mouvement; ce caractère est le résultat du développement révolutionnaire. On dit que je prêche le renoncement, qu'aux petites réformes, je veux sacrifier les principes. Mais je n'ai jamais dit, par exemple, que la protection des travailleurs était la chose la plus importante, et qu'il fallait abjurer un programme;j'ai dit qu'à côté du programme général, il y a le programme du travail, dont la réalisation peut être obtenue dès aujourd'hui; ce qui n'empêchera pas, d'ailleurs, d'attf>indre le but final. Je ne conseille pas et je n'ai jamais conseillé d'abjurer les principes, mais seulement de procéder avec prudence et réflexion. On ne peut pas m'imputer les jugements et ·appréciations de la presse bourgeoise. Je veux simplement que la tactique actuelle soit suivie, menée sans l'accompagnement de. phrases retentissantes. Si j'avais voulu faire du bruit, un pronunciamiento, je n'aurais pas agi comme je l'ai fait. Si la liberté d'exprimer ses opinions pouvait ètre menacée, ce ne serait jamais par moi. Cette liberté doit être encore plus grande depuis l'abrogation des lois d'exception.
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