560 LA REVUE SOCIALISTE meilleur marché que le pain fait en France. Dorénavant celle facilité n'existera plus, tout le monde devra payer le pain cher. La viande a été taxée à raison de 32 francs les 100 kilos pour le mouton, 25 francs le bœuf, 2n francs les viandes salées, droits supérieurs à ceux des pays les plus protectionnistes. Les droits volés en 1887, a-t-on dit, ont produit un excellent résultat: les importations de bétail ont diminué des neuf dixiémes; avpc des droits plus élevès, elfes disparaîtront complètement. On n'a pas remarqué que la consommation diminuait :-iussi. Car il n'en est pas de la viande comme du pain, on peut s'en passer à la rigueur. C'est ce que feront sans doute beaucoup d'ouvriers à l'avenir, à moins que le Parlement ne leur fournisse un salaire en proportion avec leur supplément de dépenses. Par un calcul qu'il serait trop long d'indiquer ici d'une manière détaillée, on trouve qu'une famille, avec la mème consommation, snpporlera une charge nouvelle qui n'est pas inférieure à 50 ou 60 francs par an. Les volailles, les œufs, le lait, les légumes se<.:s,le fromage, tout ce qui entre dans l'alimentation des familles pauvres ou peu aisées a été imposé dans la même proportion. C'est au point que M. Léon Say, que personne n'accusera de représenter à la Chambre des députés les intérêts des travailleurs, a protesté en termes indignés contre l'iniquité de celle politique. La prétention d'augmenter les bénéfices du propriétaire ou les ressources ùu Trésor au détriment de ~eux qui ont le plus besoin de protection lui parait nettement an li-démocratique. Et en effet, c'est un lien commun, dans le parti républicain tout au moins,de dire que la répartilion des impôts est mauvaise, parce que les impôts indirects qui complen t pour plus de deux tiers dans le total des recettes sont payés surtout par ceux qui n'ont que leur salaire. On ne craint pas cependant. d'aggraver une inégalité si choquante et de créer une injustice de plus. Les renseignements statistiques qu'on possède aujourd'hui sont trop imparfaits pour qu'on puisse évaluer exactement quelle somme chaque Gonsommateur devra payer, soit au fisc, soit aux marchands, comme conséquence du nouveau tarif. On peut seulement affirmer qu'elle sera trop considérable. D'après les calculs de M. Marius Martin, député de la Seine, elle serait à Paris de 50 francs par personne pour les seuls objets d'alimentation, et pour l'ensemble d'une somme de 200 millions de fr. 1\1. Léon Say a calculé que, dans la France entière, le surcroît de dép1rnse imposée aux consommateurs serail de 2 milliards: dans ce chiffre la viande compte pour 220 millions, les céréales pour 414 millil)ns, le vin pour 150 millions.
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