La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

536 LA REVUE SOCIALISTE sévit le travail aux pièces, la moyenne de la vie est de beaucoup plus courte que dans d'autres où on travaille à la journée ou à l'heure. Tant que l'ouvrier est jeune, vigoureux, dans la force de l'àge, il peut résister tant bien que mal à cet excès de travail, mais quand il devient vieux, il est bien malheureux car ce sont les jeunes qui fixent les prix et les vieux sont obligés de les subir. Au seul point ~e vue de la santé physique et du développement de la race, le travail aux pièces doit donc être irrémédiablement condamné. III Mais ce n'est pa.s là le seul défaut de ce genre de travail. Il influe aussi sur le taux des salaires. Les exemples que nous avons cités pour l'industrie marbrière ne sont pas les seuls à cet égard et il y en a bien d'autres. Le travctil aux pièces, en fournissant aux patrons la mesure exacte de l'intensité de travail qne peut fournir un fort onvrier, leur permet de diminuer le prix, les salaires, et de les réduire au plus bas. De plus, le travail aux pièces en faisant allonger de beaucoup la durée de ]ajournée de travail comme nous l'avons YU, a encore une influence sur le taux des salaires, car il est démontré que les professions où les journées sont les plus longnes sont précisémellt ~elles où les salaires sont les plus bas. Une autre con équenvc fùchcnsc du système, c·e t qu'il pousse, pour certainC's profession·, à faire travailler les ouvriers non à l'atelier, mais cllez eux, an milieu de la famille. C'est le cas notamment pour les tailleurs et dans les autres professions ou il existe ce qu'on appelle les fa(onniers. Il en résulte que pour arriver, vu les bas prix de main d'œnvre, à gagner de quoi vivre, l"onvrier est obligé de faire travailler avec lui sa femme et ses enfants et, d'exploiter ainsi, par des salaires de famine, des jeunes gens des deux sexes. On voit d'ici ce que devient la vie de famille dans ces conditio11set si la situation des prisonniers n'est pas préférable à celle de l'ouvrier travaillant à façon. En faisant travailler à domicile, le patron n'a pas à craindre la coalition, les grèves de ses ouvriers qui se connaissent à peine et qui, pris isolément, sont forcés et contraints d'accepter toutes les conditions qui leur sont faites.

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