REVTJE DES LIVRES 507 Nous goûtons fort peu la défense des accapareurs ou plutôt la négation de la possibilitP- de l'accaparement, la diatribe contre le maximun, et la confusion rnlontaire de l'accapareur avec l'honnête marchand de grains. Evidemment il y a économie et avantage à ce que les deux opérations essentielles qui constituent le commerce des grains, savoir, « le transport des subsistances dans l'espace et dans le temps », soient effectuées par des maPChands qui s'en occupent d'une manière spéciale, plutôt que par des cultivateurs qui ne peuvent s'en occuper que d'une manière accessoire. L'utilité.actuelle des marchands de grains, au double point de vue des intérêts du producteur et du consommateur, se passe <le démonstration. Mais pas n'était besoin de faire juger le socialisme et l'interventionnisme d'après l' Icw·ie de Cabet, et de soutenir la thèse de la liberté-panacée par des sarcasmes contre la Convention. Nous ne pouvons qu'applaudir à l'assimilation des prohibitionnistes aux sauvages de la Louisiane qui coupent l'arbre au pied pour en cueillir les fruits. Couper l'arbre pour avoir les fruits, telle est aussi la pratique du prohibitionniste à la sortie, lequel, en décourageant la production intérieure, en affaiblissant et en retardant le mouvement des importations, peut rassurer momentanément les populations pour aboutir finalement à de cruelles décepti,ms. - Quant au système de l'échelle mobile, il contribue à amplifier les oscillations des cours, c'est-à-dire à faire courir de trop grands risques aux spéculateurs par la mobilité des droits: Résultats: « L'échelle mobile qui fonctionne dans les années de surabondance « pour empêcher les importations n'entrare en réalité que les exporta- « tions. Voilà comment elle protège le~.agriculteurs. - L'échelle mobile « qui fonctionne dans les années Je disette pour empêcher les exporta- « tions n'entrave en réalité que les importations. Voilà comment elle pro- « tège les consommateurs, » Si les frais et formalités de l'échelle mobile retombent en définitire sur le consommateur, il en est de même des droits compensateurs, qui sont trop souvent un impôt sur le salaire au profit de la rente du sol et conduisent au surplus à l'appauvrissement général. Voilà où nous mène la politique du renchérissement. Mais nous ne voulons pas analyser la deuxième partie du livre de M. de Molinari, ear cela nous forcerait à rééditer une portion de notre article d'août dernier, - « Réaction et Protection ». Dans ces trois derniers chapitres sur la prétendue malfaisance de l'inondation des blés étrangers, sur les injustes droits compensateurs, sur la néfaste politique protectionniste, l'auteur fait dialoguer ses trois interlocuteurs avec infiniment d'esprit, successivement chez Maxime Lisbonne, chez Rodolphe Salis, et au (( Rat mort ». Cette fois, preuve inconsciente du progrès du Socialisrnè, le dialogae n'a plus lieu entre un économiste, un pr@hibitionniste et un ifmeutier, mais entre l'économiste, un jeune et élégant député protectionniste, et un collectiviste. Au passage, M. de Molinari, que la politique coloniale n'enthousiasme guère, reconnait que l'on aurait aussi bien agi en distribuant les millions absorbés par cette politique sous forme de pensions aux oqvriers. Voilà une concession qui ne doit malheureusement être qu'une boutade dans la bouche de l'économiste.
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