La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

l\10UVE~IENT SOCIAL EN FRANCE ET A L'ÉTRANGER 495 ment absolues en ce qu'elles laissent parfois trop de latitude à l'initiative individuelle, n'en sont pas moins la marque indélébile du ralliement des « Trades Unions » au mouvement socialiste. dont les propagateurs estiment que le travail pondéré, rendu légalement obligatoire, est seul capable d'amener progressivement les peuples à la paix, au bonheur et à la prospérité. - Demeuré trop longtemps guindé dans le parti étroitement corporatif, l'ouvrier anglais va s'efforcer de rattrappe1' le temps perdu en marchant à grands pas vers les voies et moyens préconisés par le socialisme. Ci-dessous la relation que nous avons reçue de notre correspondant jules Magny. « L'évènement du mois de septembre est le 24~• congrès annuel des Trades U11ious tenu à Newcastle-on-Tyne pendant la semaine du sept au douze. Plus de 500 de-légués y prirent part, représentant environ deux millions de trades-111i.io11ists de toutes les parties du Royaume-Uni. La municipalité de Newcastle avait mis à la disposition du congrès son magnifique Hôtel-de-Ville, et le maire donna en l'honneur des délégués un banquet suivi d'un bal. Le premier jour fut consacré à la vérification des pouvoirs des délégués et à une discussion agitée sur le mode de votation. Cette discussion a eu pour résultat d"abolir le mode adopté par le congrès de Liverpool l"année dernière (un vote pour chaque millier de membres ayant acquitté la cotisation d"une livre) et de lui substituer la pratique plus démocratique craccorder un vote ~ chaque délégué. Le président du congrès était Mr Burt, député des mineurs du comté de Northumberland, payé par ses propres électeurs, et siégeant à la Chambre des Communes depuis une vingtaine d'années. Il fut un des délégués du gouvernement anglais au congrès de Berlin convoqué par l'empereur d'Allemagne. S'il est un poste difficile à remplir en toutes circonstances, c'est celui de président d'un congrès; mais la difficulté est grandement augmentée quanJ c·est un congrès d'ouvriers. Il y faut une fermeté digne sans arrogance, une main de fer sous un gant de velours, une impartialité évidente, une compréhension complète des questions à l'ordre du jour et enfin une autorité qui soit reconnue par toutes les fractions de l'assemblée. Mr Burt possède ces qualités-là, et il y joint, par-dessus le marché, la possession de cet b11111011r anglais qui sait apaiser le désordre par une saillie spirituelle et faire avorter en un éclat de rire une scène sur le point d"éclater. Au lieu du maillet traditionnel des présidents anglais, M. Burt avait à sa disposition une sonnette dont il eut souvent à se servir-durant les débats. Il sut si bien s·en servir qu'à la clôture du congrès il reçut les remerciements unanimes des délégués pour la façon dont il avait occupé le fauteuil présidentiel, et comme souvenir de ce congrès la sonnette fut présentée à sa femme, accompagnée d'un petit discours humoristique qui mit toute l'assemblée en belle humeur. Les délégués se composaient de trades-1111io11ists de la vieille et de la nouvelle école, partagés en socialistes de toutes nuanc~s et en individualistes. Mr Burt n'est pas socialiste, mais ce n'est pas non plus un individualiste forcené; c'est un socialiste latent, un esprit froid, méthodique, pratique, un peu alourdi par les vieilles idées hostiles à l'intervention de l'Etat, mais reconnu par tous, amis et ennemis politiques, comme un type dï10nnèteté. Dans la dernière séance du Congrès, en répondant au vote de remerciements qui lui avait été accordé, il dit aux délégués qu'ils avaient peut-être découvert quïl était moins loin du socialisme qu'ils ne se l'étaient imaginé. La grande question des huit heures vient en première ligne. L'année dernière, au Congrès de Liverpool, sa solution par l'intervention de l'Etat avait été affirmée, Cette

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