La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

UNE SOCIOLOGIE IDÉALISTE 421 influence extra-logique que l'on appelle la coutunie, car même -dans les sociétés les plus envahies par des idées ou d<~shabitudes nonvelles, la coutume des ancêtres forme encore le fonJ le plus .riche, le plus important de nos imitations. C'est encore l'imitation du supérieur, pris à un certain point de vne, le supérieur en date. Mais à côté de la coutume, il y a la mode; la mode -()Onsistedans la copie des idées, usages, expressions. mises en faveur par les novateurs contemporains nationaux et-étrangers, -dont les inventious sont suivies parce qu'elles correspondent à des besoins et à des désirs préexistants et maintenant mieux satisfaits. Quand on se dit libre-penseur par exemple, au fond on ne :s'est libéré que de l'imitation des ancêtres, de la coutume, pour .suivre l'imitation contemporaine, la mode (en supposant égale par hypothèse la valeur logique des deux doctrines en présE>nceJ. Dans les sociétés où règne exclusivement le prestige de l'ancienneté, la devise est:« tout ce qui est antiqu~ est bon. » Aussi pour flatter les gens, leur dit-on qu'ils sont vénérables et .âgés. Dans les autres la devise est: « tout ce qui est nouveau .est bon », bien que la plupart des actes dans ces sociétés soient -encore inconsciemment déterminés par rautorité des choses .antiques. Les premières vivent surtout d'une vie intérieure, puis- .qu'elles n'estiment que ce qui vient de leurs ancêtres: les .secondes sont extériorisées. Les premières sont plut6t de leur pays que de leur temps; les secondes sont plut6t de leur temps .que de leur pay,;;. La troisième phase est le retour final de l'esprit de mode à l'esprit de coutume. En effet les modes nouvelles généralement acceptées sont l'objet d'une longue imitation, et, au bout d'un temps considérable, prennent à leur tour le prestige des choses anciennes. Alors l'imitation-mode s'est .fixée dans le cerveau d'une race et est devenue l'imitation-coutume. Beaucoup de peuples éteignent loute leur énergie dans l'imitation-coutume (Chine) .. Ceux au contraire qui sont doués -de vitalité et de génie, recommencent à parcourir le même cycle pour se reposr:r ensuite. Une civilisation placée sous le règne de l'imitation-mode est urbaine. Au contraire une civilisation dominée par l'imitation- -coutume est rurale. Il est donc probable que nos sociétés contemporaines reviendront à la vie agricole quand elles seront .arrivées à la complète maturité de leur développemeu t. ( 1 >. (1) Comparez les opinions suh·antes de Fourier et de Bebel. « C'est d'aprcs ce principe que les manufactures au lieu d'ètre comme « aujourd'hui concentrées dans des Yilles où s'amoncclltmt des fourmilières <le

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