La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

385 L'AME DE DEMAIN PREMIÈRE LETTRE Paris, 8 Novembre 1890. Vous voulez, monsieur, lire dans l'àme d'un jeune, et vous sollicitez mes confidences. Je veux bien me prèter à l'essai que vous prétendez faire, en pure perte, je le crains fort. Le livre que je suis est chargé de tant de ratures, j'ai moi-mème tellernent conscience de la puérilité et de l'/llcobésio11 des pages les moins illisibles, que j'eusse refusé de m'ouvrir à vous sans la promesse formelle et bien téméraire, de ne vous moquer ni ne vous rébuter du désarroi mental et moral 10 attesté et de tout mettre en œuvre pour donner à ma volonté un ressort et à ma vie un but. Déjà vous avez obtenu u·n grand résultat. Vos paroles, lors de nos promenades nocturnes du mois dernier, m'ont amené à vouloir fondre en un être unique les multiples individus que je suis. Non, ce n'est pas tout-à-fait cela; je n'ai pas acquis cette complexité d'esprit pour retourner de gaieté de cœur et de propos délibéré à la simplicité de la brute. C'est plutôt ceci: J'entends garder ma complexité, marque de supériorité, mais j'en veux ordonner les éléments, les combiner, sans que chacun d'eux perde son autonomie. Je veux, font si111ple111ent, réaliser en ma personne la Sainte-Trinité. Ne riez pas de ces mots, et voyez la pensée qu'ils cachent. Mème si elle est sans valeur, ne la dédaignez pas, car c'est par vous qu'elle m'est venue. Oui, vous m'avez donné cette ambition, ce tourment nouveau. Certes, cette pensée était en puissance dans mon esprit, mais vous l'avez extraite. Laissez-moi donc vous expliquer ma comparaison mystique, et tâchez de saisir le corps là-mème où vous n'en aurez aperçu que l'ombre. Je sens en moi le Père, la longue suite 25 •

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