330 LA REVUE SOCL\.LISTE A. Millerand insiste plus spécialement sur les cotés philosophiques du So:in!is111ie11tégrnl dans le journal La Fra11ce: Yoici plus de six ans. dit le vaillant et éminent député de Paris, que Malon poul'suit l'œuvre qui est définie dans cette phl'ase: « Les novateul's ne << doivent pas se contente!' de faire appel aI1x intérèts de classe du proléta- « riat. ils doivent aussi invoque1· toutes les forces sentimentales et morales « résidant en l'âme humaine. » Cette méthode s'écarte sensiblement de celle qui est aujourd'hui en honneu1· dans les groupes socialistes les plus importants de tous les pays. Elle invoque la trndition française. Il n'a, pensons-nous, jamais été plus utile de la restauI·er qu'à notre époque. Au moment où les intérèts mat,friels, la soif du gain 1·apide et facile, la passion de l'argent s'emparent de tous les esprits avec une si abordant!~ tyrannie. il est bon, il est nécessaire que le socialisme ne pa1·aisse pas mé1·iter la mème critique que le régime auquel il s'attaque et ne ramène pas tout le p1·oblèmehumain à une question de plus-value. Aussi bien ce ne serait pas sans grand dommage pou1·leur cause que les socialistes renonceraient à l'appoint que le sentiment peut leur donner. C'est une force tout comme l'idée pu1·e.Force d'une autre espèce, mais d'une puissc1ncenon moins certaine que la vapeur ou l'électricité. Le penseur, l'éc1·ivain, l'ornteu1· qui agissent sur la foule en défendant une conception intellectuelle ou morale servent la cause du progrès aussi efTicaeement que l'inventeur d'un procèdé mécanique ou chimique. Lieu commun sans doute, mais qu'il faut redire puisqu'on parait l'avoi1· oublié. La supériorité de Malon sur nombre de propagandistes <lu socialisme est précisément de ne pas avoir limité ses préoccupations aux inté1·èts maté1·iels. Certes, il ne méconnait pas leur impol'tance. Elle est capitale. l\Iais elle n'est pas exclusive. C'est un des éléments du problème, le plus consiùcrable peut-être, ce n'est pas le problème tout entier. Le socialisme tel que l'entend M::i.lon est cc l'aboutissant synthétique de toutes les activités progressives de l'humanité pré,-ente ,), Aussi ne doit-il pas borner son étude et ses efforts à la rénovation du système économique. La mo1·ale, la famille, la constitution politique de l'Etat doiYent à un égal degl'é sollicitei· ses rechel'ches et pI·ovoque1· ses sol11tions. l\lalon abol'Je dans son livre tous ces grands sujets. A propos de chacun d'eux il étale, aux yeux du lecteu1·, avec une inlassable prouigalité, le tréso1· des idées et des théories que l'humanité en marche a tout· à tour mises en honneu1·. En regard du pa sé il Jressc la solution de l'avenit·. Qui ne voit qu'ainsi comprise et élal'gie la doctrine socialiste a chance d'attirer à elle beaucoup d'adeptes qui, peu tentés par l'étude aride des problèmes économiques, se1·ont touchés et séduits par les pe1·specti,·esque t'ait entrevoir dans l'ordl'e moral l'application des idées nouvelles. Dans la 'R.._evuEeuropéenne, nous devons mentionner une étude de notre ami Eugène Chatelain, qui n'a qu'un tort à nos yeux, c'est de ne pas accepter comme ancêtres du socialisme,les philosophes antiques et les communistes chrétiens, à l'encontre des idées exprimées par l'auteur du Socialisme Intégral à ce propos. Citons encore un article de M. Georges Bath dans le 'Droit des femmes, analyse exacte du chapitre VII, sur la condition des femmes, que l'ancien membre de la Commune a si magistralement expliqué,
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