La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

LE SOCIAL1S~JE I~Tt:GR \.L ET LA PRESSE 323 par la luxure, et c'est lui, l'eufançon hirsute et nu d'un couple d'indigents des campagnes du Centre, oui, lui, très humble passc1·eau qui n'alla jamais à l'Ecole mutuP,lle et que les paons, ou plutôt les geais du Sénat et de la Chamb1·e regardaient du haut de leur arrogante nullité quand il se campa de par la volonté du Peuple Souverain au milieu d'eux, c'est lui, de qui personne n'eût attendu tel cadeau. e·est lui qu'il faut remercier ùe ce livre supel'be qui sera tôt ou tard l'une des Bibles, sinon la Bible des déshérités. Ah! si ,i'avais votre bUt·in, Bracquemond: votre pinceau, Duran; YOtre pointe, Rops: votre ciseau. Rodin; ah I comme je graverais, comme je brosserais, commr. je sculpterais l'image de cet ou,Tie1·. de cc penseu1·, de ce poète, oui, de ce poète de vot1·e caste, la basse, et dont la débauche n'a p11s infil'mé l'esprit, desséché le cœur. appauvri les muscles et les chairs: il est plus beau vraiment avec sa fare rougeaude et long- poilue, avec ses épaules de p01·tefaix, il le fut et se glo1·ifle de l'avoi1· ét,\ ce1·tes ! avec ses yeux doux et fins, son ·a11u1·epay. anne et fau1Jou1·ienne à la fois. et sa tète d'apôtre IJon ga1·çon, que tous les chlorotiques rie· la haute ou de la moyenne qui papillonnent autour de vous, chers amis, pour que Yous daigniez les magnifle1· sur une feuille de papier de Hollande ou de Ja,pon, sui· quelque peu d'étoffe, sur une plaque de cuivre ou dans un bloc de marbre ... Ces citations un peu longues mais que nous deYions faire, nous disent avec quelle émotion et quelle éloquence Léon Clade! contait la vie toute de labeur et de probité de notre ami. On peut voir avec quelle admiration il insistait surtout sur les tendances de cet esprit si largement ouvert aux plus nobles pensées, aux plus exquises générosités. Tous ceux qui connaissaient Malon applaudirent à cet éloge si mérité qui avait d'autant plus de prix qu'il sortait de l'intransigeante plume d'un maitre écrivain dont la gloire est absolument pure et dont la vie elle aussi est un incomparable exemple de vaillance et d'honneur ( 1). Plus récemment, dans la France du 1 3 septembre 1890, Clovis Hugues résumait, en un fraternel article, avec un exubérant esprit, une entrainante fougue, tout le bien que nous penson~ du théoricien socialiste : L'homme, d'abord, n'est-ce pas? Figurez-Yous une sorte de cardinal Lavigerie en civil et vous aurez tout de suite un Malon su/Hsamment ressemblant. Le front est vaste, éclai1·é d'une haute pensée, un de ces fronts que la nature ne donne pas à tout le monde parce qu'ils nécessitent probablement une rnain-d'œuvre considérab'e. L'œil rève et cherche. Le nez s'aplatit légèrement: peut-être le coup de pouce de l'Idée? La bouche rst à la fois souriante et boudeuse. La barbe n'est pas tout à fait uni;: barbe de fleuve, mais c'est déjà celle d'un joli affluent. l\Ialou a souffert lui-mème, avant de se consacrer tout entie1· à ceux qui souffrent. li ne :s'est point improvisé apôtre: il l'est devenu lentement, patiemment, à force de travail et de volonté. Fils d'un pauvre paysan il n'a pas trouvé l:i clef d'or qui ouvre la porte des collèges ... Il n'a pas soulevé le voile, il l'a déchiré. li n'a pas épousé la science: il l'a violée. Ht-avo plébéien 1 (1) L'étude de Léon Clade! à laquelle nous avons emprunté les diverses citations qui précèdent, fera partie d'un volume de biographie dont la publication est prochaine et qui paraîtra sous ce titre significatif : Zigs.

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