La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

258 L.\ RE\"UE SOCIALISTE nous comme sujet d'une étude ultérieure, tant pour exposer les opinion particulières de notre auteur que pour en présenter la critique d'après nos doctrines. Mais pour aujourd'hui, nous devons la laisser complètement à l'écart et borner notre tùche à une autre et plus importante partie de cette œu vre, la partie sociologique. Cette dernière science est bien encore en effeLà l'état de gestation. Il existe de nombreuses théories sociologiques, de vaste systèmes, des études partielles très-utiles, mais point de science proprement dite. Après le monument élevé par Herbert Spencer, on a pn admirer le génie synthétique du célèbre philosophe anglais, mai.t- les objections contre quelques doctrines très-exclu si vcs, contre la méthode trop biologiq uc el trop ethnologique, contre certaines comparaisons poussées ù. l'exLrèmc, et contre dès conclusions imprégnées d'trn individualisme outré, n'ont pas manqué de se produire en foule, escort<'.•csde bonnes raisons. Le grandiose édifice n'e t pas solide dans toutes ses parties. La science des sociétés peut ètre conçue autrement, surtout en ce qui concerne les phases les moins primitives, clans lesquelles les facteurs biologiques perdent l'importance qucgagnent les facteurs psychologiques el moraux. L'ouvrage que vient de publier M. Tarde, tend à prouver cc que nous avançons. Il repose sur des données très solide , incontestables et s'écarte entièrement des idl-cs de M. Spencer, sans les combattre ni les nirr, car les phénomènes sociaux y sont envisagés sous nn autre angle, nt à un point de vue complètement différent et très original. S'il nous e, t permis, avant d'entrer dans une analyse détaillée, de caractériser en quelques mots le livre intitulé: Les lois de l'imitation, nous dirons qu'il constitue une sorte de traité de sociologie abstraite et générale. Dégager de la foule iucohérente et confuse des faits, le caractère exclu ivement social commun à. tous ces faits, c'est atteindre lr plein cœnr de cette science; c·est se placer sur le point culminant afin de mieux découvrir la région rnvironnante, mais c'est aussi faire œuvro d'abstraction. En effet, les phénomènes de cet ordre contirnnent toujours un fondement biologique; la biologie est comme un tronc sur lequel bourgeonne et croît la sociologie. On ne peut séparer complètement deux portions d'un même tout sans se livrer à cette opération intellectuelle qui est l'abstraction, préliminaire indispensable de toute science. Abstraire tons les fonds biologiques des choses pour ne fixer l'attention que sur leur aspect social, c'est le travail qui a été tenté. Dans la même voie, on s'est élevé en dessus de l'étude spéciale de telle société déterminée ou Je telle institution parti-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==