La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

REVTJE DES LIVRES nieux chante les douleurs d'une enfance martyrisée, les émournntes phases d'une vie que la vengeance d'un sinistre autocrate a brisée. Ces deux parias, la douci! Formose et le proscrit Tihour, son père, que l'oppression a fait misérables et errants, se retrouveront un jour, heureux sous le mème toit. Pour s'attaquer à un tel sujet et triompher des dangers qu'entraînait son extrême simplicité il fallait le beau talent et la foi d'Amanieux, cette foi ardente qui donne et favorise les audaces. Bien personnelle cette note exquise d'attendrissement pour tous ceux d'en bas, pour tous ceux qui souffrent, note que nous retrouvons souvent dans Formose, toujours éloquemment traduite. Que de vers admirables dûs à l'amour de la Terre, à l'inspiration panthéiste. « Vois si les maisons sont closes, La plaine, elle est ouverte et je brille dessus Pour ceux dont la frayeur est qu'ils soient aperçus; Sous les arbres je fais trainer de longues ombres. . . . . . . . . . . . . . . Fuis ! je n'efface pas du ciel l'ast.re polaire Pour que les évadés voient toujours r.e doigt d'or. Je suis celle qui veille alors que tout s'endort. Je contemple la Terre et les choses divinefl. Je fouille les secrets nocturnes des racines. Les lieux mystérieux et moi nous nous aimons.» C'est ainsi que la Lune, la bonne Lune parlera à Formose pour l'engager à rompre la lourde chaine, à fuir les brutalités du boucher Malcar et l'enfant malheureuse saura traduire ..... les mots en de terrestres gloses. Mais aux murmures et aux caresses succéderont les puissantes colères, c'est qu' Amanieux chante aussi la Croisade, la sainte Croisade des déshérités, des spoliés contre leurs exploiteurs. Pour lui Le même berceau doit à tous la même part . Des vins de pourpre vive et de farines blanches; La même tombe veut, offrant les mêmes planches, Que les mêmes bonheurs par chacun soient vécus. li sait les injustices, il connait les lamentables misères qui déciment la plèbe trnvailleuse et méritante. Tout vibrant d'indignation le poète lancera ce rlaironnant appel : 0 peuple sois terrible et loyal en marchant Et n'arrête tes pas, âme <lepleurs trempée, Que s'il n'est plus besoin de corde ni d'épée, Ni de ni veau ro11rbant les patrices hautains! 0 peuple lève-toi, comme font les matius, Avec dti l'aube, avec des flt>urset des rosées, Et ne souffre, entends-tu, ni de jambes croisf\es, Ni de front endormi, ni de repas de miel, Que ton printemps ne soit intini sous ton ciel ! Ces quelques citations me permettent de ne pas insister sur la forme de ce poème; elle est d'un écrivain consciencieux, passionnément épris de son art. Le vers d'Amanieux a fière allure, il est solidement charpenté, remarquablement souple et clair. Formose, ce chant merveilleux qui rn fleurant un bon parfum de jeunesse, de générosité, d'enthousiasme, indique brillamment la ,·oie dans laquelle nous souhaiterions voir s'engager l'élite

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