UNE F.-\:\IILLE DE SIIAIŒRS 207 pratiquent sur une large échelle ce que la penseur Anguste Comte appelait l'hygiène cérébrale. En effet, vivant en dehors du monde égaré, d'après eux, dans nne fausse voie, ils ne prennent aucun intérèt à ses agissements ni dans son passé, ui dans son présent. Les bibliothèques seraient parfaitement inutiles ù ces hommes et à ces femmes qni visent à devenir simples comme des enfants, car le royaume des cieux est aux paunes d'esprit. A quel titre les intéresserait l'histoire? A aucun. Leur mère se rattache directement au Christ, dont elle est la personn.ificati0n femelle. Les évènements qui se sont écoulés entre le révélateur et la révélatrice n'ont pas de signification à leurs yeux. Le développement des pcnples anciens, vivant dans lenr polythéisme, leur apparait comme nne longne aberration. Seul le peuple choisi de Dieu mérite quelque attention: aussi la Bible n'csL-elle pas proscrite, mais ces quakers perfecLionnés, comme ils se disent, Lronvent nnc lumière plus vive, plus . pontanée, pins réelle au fond do lcnr conscience que dans les Saintes EcriLur('s, traiLées respectueusement, mais nullement médiLées, scrutées, commentées comme dans la plupart des autres c'glises protestantes. l\ï le Yienx ni le Nouveau Testament ne jouent aucun rôle dans leut·s cérémonies religieuses, l'L·duites ù l'absorption de l'esprit en svi-mème, aux so11dai11sélans d'enthousiasme eL, - cc qui fait le cat·actère original de la secLe, - aux mouvements réguliers ou échevelés d'une àanse méritoire. Les romans, les drames, la poésie qui décrivent, mettent en action, cxnltent l'amour, doivent naturellement être mis ù l'imlex, dans un milieu où cc senLime11t est considéré comme la source de la perdition dn genre humain. Les Elder.s et les Elderessrs éloignent, tant qu'ils peuvent, les croyants et le!',croyantes de toutes ces œuvres d'imagination. aptes à troubler les àmes et à éveiller les srns heure'usement engourdis. Après cela il ne resLe rien de la littérature. La science sera.-t-elle mieux traitée? Sauf celle qui apprend à cultiver la terre, à bàtir des maisons, à fabriquer les objets de , nécessité première, la science est non seulement sans valeur, mais elle est même funeste. « Un homme aurait, toute la science qu'il est possible d·acquérir ici-bas, est-il dit dans nn écrit Shakerien, il ne serait pas plus avancé qu'un ignorant, car cette supériorité apparente ne lui donnerait pas la seule science essentielle: celle du salut.>> Une pareille maxime, hautement proférée n'équivaut-elle pas à dire: « A quoi servent les livres!>> Aussi ceux des membres qui, avant d'avoir trouvé le droit chemin,s'étaient occupés de quelque étude intellectuelle, l'abandonnent au milieu de la routine de leur vie dévote et manuelle.
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