La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

UKE FAMILLE DE SlIAIŒRS 205 rcsse est là qui veille, comme le chien couchant; au moindre sourire, au moindre mot saisi au passage, au moindre soupçon d'intelligence entre une jeune femme et un jeune homme, tous les deux sont appelés à rendre compte de leur conduite et ils n'obtiendront leur pardon par la confession et le repentir que dans le_cas où la faute a <'·té phis apparente que réelle. Mais si l'acte qui, d'après l'interprétation de la Mère Anne, a perdu le genre humain, était réellement accompli, aucnne excuse ne serait admise et les coupables se verraient chassés de la communauté, comme Adam et Eve du Paradis terrestre. Au lieu de subir ùne pareille honte, la sœur et le frère, qui voudraient céder aux impulsions de leurs cœurs ou de leurs sens, préféreront, comme cela arrive quelquefois, prendre franchement leur congé et aller, au milieu du monde profane, achever un roman à peine ébauché. J'ai interrogé sur ce sujet délicat, un Shaker qui après vingt ans de séjour dans la société de 1\e\\·-Labanon, l'avait quittée, car la foi lui avait tout ,i, coup manqué et il lui semblait humiliant et pénible de jouer le r6le d'hypocrite. Il me répondit que jamais, à sa connaissance, la loi du célibat, dans la plus stricte acception du mot, n'était violée chez les Shakers. EL pourquoi, - ajouta~t-il, le serait-elle? Nul n'est retenu par force et il est plus simple de s'en aller, que de causer un scandale inutile, qui amènerait une expulsion honteuse. La semaine dernière, vous auriez pu voir arriver ici, - à New-Lab;rnon-Springs - deux couples qui avaient abandonné la communauté pour se marier. Et bien! malgré la perspective ù'une lune de miel, ils n'ont cessé pendant plusieurs heures de pleurer, de soupirer, de sanglottt1~ On s'attache, voyez-Yous, ù des compagnons, comme l~s Shakers, comprenant la fraternité dans la plus large acception du mot, et, ayant en eux, une telle àbsence de tout mauvais instinct, qu'on se croirait plutôt parmi les anges que parmi de simples mortels. Mon Shaker défroqué était un homme d'une quarantaine d'années, fortemènt constitué, et, comme il avait le caractère franc et ouvert, je ne pus m'empêcher de lui demander: - Voudriez-vous me dire si le règlemeut, dont les d~nx couples se sont sans doute affranchis en ce moment, vous a paru difficile à observer? - Peut-être au commencement. l\fais on s'y habitue graduellement. Une vie sobre, régulière, laborieuse, finit par réprimer le pènchant à la volupté, en y ajoutant des efforts réels pour chasser des pensées auxquelles on attribue une origine Satanique ou Serpentine, car la question n'est pas encore décidée si le Serpent était le diable ou simplement un serpent. Les

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