La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

19G L.\ REYUE SOCIALISTE les producteurs. Nous désirons la fin des maux humains, l'égalité de tou:s les êtres, la liberté pour chacun. ?llais, pour en arriver là, nous rrconnaissons que l'étude et la science seules, aidées par l'expérimentation des faits, nous y amènera. En 1111 mot, prèts à tout pour que le prolétaire puisse produire avec son outil, et le paysan avec son lot de terre, notre conviction est que, si une révolution doit se faire. il faut la préparer dans )es esprits, en pénétrer les ccrreaux et nous org·aniser économîq uemen t et politiquement. Hors de là, il n'y aurait que leurre et déception: la classe oul'rière courrait vers une rétrogradation complète, si elle ne faisait pas subir aux idées que nous défendons, et qui sont siennes, un trarail de préparation propre à leur donner une extension et une vitalité dignes de notre avenir.» Après cC'tte si jnsLe appréciation du rûle poliLique de Lombard, qu·o11nous permette de ciLer encore ces lignes si éloquenles d'OctaYe Mirbeau; elles datent de la fin de Juillet. D'origine ourrièrc, .Jean Lombard s'était fait tout seul. Je reux constater, en passant, une rérité. Plus nous allons, et plus tout cc qui émel'gc de l'universelle médiocrité, tout cc qui porte une force, en soi, force sociale, force pensante, force artiste, vient du peuple. C'est, dans le peuple, encore l'icrgc. toujours persécuté, que se conserl'ent et s'élaborent les anti!1ucs rigueurs de notre race. !';'os bourgeoisies, épuisées de luxe, dérorées d'appétits énervants, rongées de sccpti~isme, ne poussent pins que de débiles rejetons inaptes au travail et à l'effort. Jean Lombard avait gardé de son origine prolétaire, affinée par un prodigieux labeur intellectuel, par un âpre désir de sal'oir, pal' de tourmentantes facultés de sentir, il arait gardé la foi carrée du peuple, son enthousiasme robuste, son entêtement brutal, sa certitude simpliste en l'arenir des bienfaisantes justices. C'est ce qui lui a permis de vi\'re sa vie, trop courte, hélas, par les années, trop longue et trop lourde par les luttes où, toujours, il se débattit. Lombard. on peut le dire, est mort de la misère et des difficultés des débuts. Il souffrait d'une gastrite; un refroidissement est renu, et l'a emporté! Il était miné par la lutte, par le travail; le corps frop frêle, pour une à,me si a1·dentc, n'a pu supporter l'assaut de la maladie. Très fier, très digne, ne se plaignant jamais, soutenu par des espoirs sans cesse reculés, il s'était réfugié à Charenton, dans un pauvre quatrième étage, ne royant prcs,1uc personne. Là, il travaillait comme un manccuvre, car c'était un labol'ieux terrible. Tout lui était bon: trarnux de librairie, articles spéciaux de science ou de \'oyages. Il prenait tout ce qui s'offrait, parce c1u'il fallait l'irre. Son cel'\'eau contenait une encyclopédie bouillante et fumeuse. C'était le type de l'homme de lettres du dix-huitième siècle. Au milieu de ces besognes obstinées et différentes, qui étaient son pain et celui de sa famille, jamais une compromission. Il se gardait pur, intact, croyant. De,·ant l'indifférence des critiques, derant le succès relatif et insuffi~ant de !'Agonie et de Bysance, il se disait avec une bonne humeur, voilée d'u11 peu de mélancolie:« Bah! ... je traraillerai davantage encore ... Et il faudra bien qu'un jour 0n reconnaisse la sincérité de mes efforts et ma

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