La Revue socialiste - 1891 - Tome XIV - vol 02

A TRA \'ERS L.-\. PRESSE 111 Là où la Bible racontait que Dieu avait fait l'homme à son image le sixiè1nc joui· de la création, la science a démontré que l'homme existe ùepuis plus de cinquante mille ans, et elle prétend qu'il est le résultat d'une lcntf' transformation d'espècts antérieures, - Là où la théologie représentait les éJ1idémies comme ùes maladies mystérieuses envoyées du ciel par un Dieu irrité contre ses enfants, la science a trouvé des microbes, et jouant le rôle de Dieu, elle a créé, par l'expérimentation, de nouvelles maladies pour les animaux.- La où la théologie faisait intervenir la gi·âce, la science a démont1·é la spontanëité des sentiments altruistes. - En politique, la où la théologie voyait l'intervention de Dieu, la science voit le jeu des lois naturelles, etc.-Et ce,« à mesui·e que Dieu, jadis présent dans la maladie, dans le vent, dans la foudre, dans l'histoire, dans les révolutions du globe, recule hors des choses et du temps, son inutilité passée appai·aitaussi claire que son inutilité présente: on renonce à ce zéro placé à la gauche de to..is les nombres et qui n'en modifie pas la somme » ( André Lefèvre. IIistofre de la Philosophie.) La ruine du catholicisme est si bien inévitable que cc sont souvent des catholiques sincères qui, sans le vouloir et sans s·en rendre compte, portent à leur doctrine les coups les plus terribles. C'est un prètre ti·ès orthodoxe. l'abbé Bourgeois qui en présentant au congrès anthropologique de Paris, en 1867, les fameu~ silex travaillés de Thénay, provenant de la base du Miocèn<', a démontré l'existence de l'homme.tertiaire et porté le plus rude coup à la légende bibliquc sur la Genèse . • C'est le chrétien ou tout au moins le déiste Pasteur qui, en décounant les agents C.:es maladies infectieuses, a permis de ,ictm· les bases <l'une hygiène rationnelle comme d'une thérapeutique puissante, et de démontre1· la supél'Ïorité de la p1·ovidencc hulllaine su,· la Providence divine, cc qui a été une terrible défaite pour la théologie. Quelle différence, en effet, enfre ce qui se passait aux époques précédentes et ce qui se passe de nos jours, lors <le l'invasion d'une épidémie: naguère, les gouvernements sollicitaient eux-mêmes l'intervention de l'Eglise, les populations effrayées remplissaient les temples pour supplie,· Dieu de détom·ne1· le fléau, des pélerinages et des p,·ocessions solennelles avaient lieu avec le concours des autorités tempo1·elles; aujourd'hui, les gouvernements s'adressent aux conseils d'hygiène, et, d'après leurs avis, les autorités interdisent les pélel'inages, les particuliers se sen·ent d'eau bouillie ou d'eau convenablement.filtrée en place d'eau bénite, d les familles appellent le médecin avant de penser au cm·é. De ces raisons et autres, qu'il serait trop long cle rappeler 1c1,l'écrivain positivisle conclut à l'impossibilé absolue d'une restauration du catholicisme." 11rappelle ensuit~ ctllo observation de Lillré, qu'il n'y a qu'un point stable dans l'inslabililé générale: la science et que _par suite la ~cience seule peut servir de base à une religion nouvelle et il développe comme suit : Mais pour que la science pùt l'emplir le l'ôle d'une religion, c'est-à-dire rallier et régler, il fallait qu'elle fùt complétée et en même temps socialisée par la fondation de la Sociologie et de la Morale positive, seules capables de fournir le point de vue supérieur qui coo,·donne tous les autl'es, en montrant que toutes les sciences sont des créations de lï-Iumanité et ont pour destination son service. En effet, tant que les phénomènes mol'aux et sociaux restaient soustraits àl'empire des lois scientifiques, le ralliement des esprits

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