LES COOPÉRATIONS OUVRIÈRES 67 Deux économistes, qui sont aussi peu socialistes que possible, vont nous répondre : 1° Que les Caisses <l'épargne ne favorisent guère que des petits bourgeois au détriment du Trésor puhlic; 2° Que cette immobilisation de capitaux (deux milliards et demi pour la France) est on ne peut plus préjudiciable au développement économique des nations. En démonstration du premier point, M. Adolphe Coste, çomplétant les chiffres de M. Laroche-Joubert, décompose ainsi l'énorme passif des Caisses <l'épargne Montant Jmportanr-c f.hi!Trcc: des li.vrcts. en millions. proi,ot·lionncls. Jusqu'à 500 francs . %7,7 11,65 0/0 De 500 à 1,000 franc, . 112,7 17,73 Enseml>lc. ~02,1 .Ji, lO U10 De 1,000 :\ 2,000 francs. l. 6~6,9 67,üO 0/0 Total général. 2. J\)~,J l00 " Ces chiffres montrent que les c'pa,•unes pr·np,·ement dites, qu'il faut soigneusement protéger et encourager, n'e11t,·e11t que po,u· un s,·ptiè111e, tout au plus pour un. tier•, dans le montant total du pas,if. Les dcu, autres tiers ne sont composés que de dépôts Yolontaircs, effectués par do petits capitalistes, des industriels ou des rommc,·,ants qui troun,nt plus a,a.ntagcu, de rester déposants il la Caisse d'épargne, arec la disponiloilité de leurs fonds et un intérêt de 3 50 ou 3 ï5 0/0, selon les caisses, que cl'a('hcter des valeurs de placement ou d'a,·oir un compte courant ,Jans une banque. Sans la loi de 1881, qui a porté de 1,000 à 2.000 francs la limite des livrets d'épargne, nous n'aurions affaire qu'à un passif de 800 ou 000 millions. Par le fait de cette loi, les dépôts aujourd'hui l'emportent sur les épargnes; ils triplent Je passif. Les 517 caisses d'épargne orùinaircs et llurs 987 succursales, sans compter les 7,000 bureaux ùe poste, forment autant d'agences d'une vaste banque ùe dépôt, dénommée la Caisse de~ dépôts et consignations, qui est rcgic par des fonctionnaires du gouvernement et qui fait tous les remplois de ses fonds en rentes ou en valeurs du Trésor (1), Infidèles à leur but de prévoyance, les Caisses <l'épargne sont, en outre, contraires à la prospérité des nations. Sur cc second point nous serons informés par Leroy-Beaulieu : Pour le pays c'est une perle de capitaux. J'ai cxpli,1ué bien des fois que le capital et l'épargne ne sont pas des choses identiques : le capital, c'est l'épargne vi,·iflée, sortant de la passivité et s'appli(Juent à la production, soit agrwolc, soit commerciale, soit indush·iellc, Les cais,es d'épargne sollicitent, sur tous les points ùu territoire, les économies de la petite classe moyenne et de la classe laborieuse, par un taux d'intérêt notamment trop. élevé; clics enlèvent (1) Ao. CosTE : La submer·sion de l'l~tat pa,, les fonds d'épar·v,w (Globe du 13 décembro,.890).
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