La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

î08 L.I RE\TE SOCIALISTE Le;; l'('gïnH•s poliliqurs s'étaient succéMs drpuis 1780, aY<'C une rapidité si Yrrtigineusr,que l'art de renier srs opinions et de saluer le solril levant, était cultivé comme une nécrssité de la lui le pour l'rxistrnce (1). La famille Hugo rxcella dans cet art prl•cienx. Quelques détails biographiques sur le général Hugo et sur son fils ain1\ Abel, diminueront peut-être l"admira.tion drs hugolàlrcs pour le génie machiavélique de leur héros; mais permrllront au psychologue de s'expliquer comment tant de diplomatie pouYait rntrer dans un si jeune cerveau. Brnlus Hugo, le farouche républicain de 1703, qui pourvoyait de chouans rt de royalistes, lrs pelotons d'exécution et la guillotine, fructidorise le Corps lt.'·gislatif avec Augereau, prend du srnice dans le palais de .Toseph,en qualilt.'·de majordome, troque son surnom romain, contre un titre de Comte espagnol, prête serment à Louis XYflI qui le décore de la croix de St-Louis, se rallie à l\'apolfon, débarqué à Cannes, offre de reprèter serment à Louis XVI([, retour de Gand, qui le met à la retraite et lïntrrne à Blois; lit, pour occuprr ses loisirs, il écrit ~es J.Iémoires. Abel, son fils ainé, les enrichit d'un précis historique, débutant par cet acte de foi: « Attaché par conviction à la monarchie constitutionnelle, profondément pi'.•nt.'•trd6u dogme de la ll•gitimité, dévoué par sentiment à l'auguste famille g_uinous a rendu, etc ..... >> Yictor Hugo ne pouvait se lasser d'admirer les exemples de conduite que léguait à ses enfants l'ex-Brutus: il lui dit: Ya, tes fils sont contents de ton noble héritage, Le plus beau patrimoine est uu nom ,·cnèré 1 Odes. Livre Il. VJII. Edit. J823. Abel vécut jusqu'en 1815, presque toujours auprès de son père; il ne pouvait donc rendre sa mère responsable de l'ultra-royalisme qui se révéla subiteme'.lt dans ses écrits après la chute de l'Empire. Ainsi que \ïctor, il ôtait spécialement attaché au service personnel de la famille royale. Tandis que Yictor chante en vrrs le sacre du roi, il p11blieen prose Lri vie anecdotique (!) Les amateurs d'acrobatie politique trouveront dans le Dir.tionnaii'e des Girouettes de Prosny d'Eppe et dans le Xouveau Dictionnaire des Girouettes de 1831, <le quoi exciter leur admiration la plus exigeante. lis s'ètonneront avec Chateaubriand « qu'il y ait des hommes, qui après avoir prêté serment,\ la République une et indivisible, au Directoire en cinq personnes, au Consulat en trois, ù l'Empire en une seule, à la première Restauration, à l'acte additionnel, à la seconde Hestauration, on a encore quelque chose à prêter à Louis Philippe"· - " Hé, hé, disait en souriant Talleyrand, apr~s avoir prête serment à Louis Philippe, Sire, c'est Je treizième! ».

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