LA I.~:GEXDI': o~: V!CfOR HUGO Le premier juin 1883, Paris célébrai( les plus magnifiques fnn('.•raillesdu siècle: ilenterraitYiclorIIugo, il poeta son·ano. Pendant dix jours, la presse tout entière prépara !"opinion publique de France et d"Europe. Paris, un instant ému, par la promenade du Jrapeau rouge et les charges policières du PèreLachaisc, qui reYivifiaient les sou Yenirs de la Semaine sanglante, se remit iL ne s·occuper que de celui qui fut « le plus illustre reprt'•sentant de la conscience humaine.» Lesjournaux n·a,·aiC'nt pas asse;,; de leurs trois pages, - la quatrième étant prise par les annonce!'., - pour exalter « le génie en qui vi,·ait Jïd(,e humaine.» La langue que Yictor Hugo aYait cependant c11richie de . i nombreuses expressions laudatiYcs, semblait pauvre aux journalistes, du moment qu·elle était appelée à traduire leur admiration pour « le plus gigantesque penseur de l'trnh·crs », on recourut il l'image. Une feuille du soir. à court <le Yorables, reprt'.•senta sur sa première page, 1t, soleil plongeant dans l"Oc1\an.La mort de Hugo était la mort d"un astre. « L"art ét.1it fini ! >> La population, brasée par l'enthousiasme journalistique, jeta 300 mille hommes, femmes C'i C'nfants, derrière le char du pauvre qui emportait le poëte au Panthéon, et un million sur les places, les rues cl les trottoirs par où il passait. Un velum 11oir voilait de deuil l"Arc-de-triomphe <le la gloire impériale; la lumière des hecs ÙCg' az et des lampadaires, filtrait lugubre, à travers lC'crèpe; des couronnes dïmmortelles, et de peluches, des portraits de Hugo sur son lit de mort, des médailles de bronze, portant gravé: Deuil national ... enfin tous les symboles de la douleur désespérée avaient été réquisitionnés el pourtant la multitude. immense 1ùn-ait ni regrets pour Je mort, ni souvenit'S pour l'érri,·ain: Hugo lui <'•taitindifférent. Elle parai sait ignorer qnc l'on menait, sous ses yeux, au Panthéon «le plus grand poëte c1uieùtjamais existé.>> La foule houleuse et de belle humeur témoignait bruyam-· ment sa satisfaction du temps et du spectacle: elle s·enquérait du 110111 des célébrités li des délt'•gations de villes C'tde pays qui défilaient pour son plaisir; elle admirait les monumentalos couronnes de fleurs portées sur des char's; elle applaudissait les fifres des sociétés de tir, déchirant les oreilles de leurs airs discordants; elle saluait de rires ironiques Déroulède et son sérieux en habit vert: et pour mettre le comble ù sa joie, il
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