La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LES )!ONOPOLES D'ETAT ,( A l'Etat, reviendrait encore la gestion des Agmces co111111erciales centrales et des entrepôts nationaux, destinés à relier les agences commerciales communales, et à gérer tout ce qui aurait trait aux échanges de marchandises d'une localité à une autre et surtout d'un pays à un autre. » ( 1). On devrait pousser plus avant dans le domaine de la production. Sous l'action concentrante et éliminatrice du capitalisme, toute la production mécanique tend à se monopoliser; c'est déjà le cas pour les hauts fourneaux et toutes les ramifications de la sidérurgie. Prenons pour exemple l'usine du Creusot, autrefois propriété nationale, et livrée sous la Restauration à la cupidité des Schneider et de leurs clients. Le Schneider régnant est le tyran au Creusot, maitre du travail, il exploite les corps et foule aux pieds les consciences. Dans une brochure trop peu lue, le député ouvrier Dumay, nous a présenté de cette tyrannie économique un tableau saisissant et bien fait pour démontrer la croissante puissance de la féodalité financière, dont seul le socialisme collectiviste pourra avoir raison. (2) Dumay nous montre d'abord le .fief capitaliste du Creusot constituant un Etat dans rEtat, pour exploiter et régenter selon son bon plaisir toute une population, que cette administration est, en même temps que dispensatrice unique du travail, administration municipale <( et, qu'à tous les emplois particuliers dont elle dispose pour son exploitation industrielle, il faut encore ajouter les emplois communaux. ce qui lui permet de donner à de vieux employés et surtout à de vieux gardes hors service des emplois au bureau d'octroi ou ailleurs et par conséquent faire payer aux contribuables les services rendus à l'usine par ces peu intéressants personnages.,• Cest déjà bien joli, mais ce n'est pas tout. Presque toutes les maisons appartiennent à l'usine ; idem pour la mairie ; idem pour la place du marché; idem pour les maisons d'école ; de sorte que, dit Dumay, si les ouvriers du Creusot, en dépit des menaces de leurs affameurs, un jour d'insurrection morale, nommaient une municipalité indépendante, celle-ci n'aurait pas où reposer sa tête; tous les enfants qui fréquentent les écoles seraient dans la rue, et les habitants du Creusot n'auraient mème pas le droit de se promener sur certaines places publiques qui appartiennent à Schneider. li en résulte qu'actuellement toute la population y compris les enfants qu'on fait abrutir par des aumôniers ad boc sans que les parents puissent dire un mot, sont livrés au capitaliste du lieu. Tous les petits propriétaires et tous les débitants doivent se faire ses instruments, sous peine de ruine. (1) César De Paepc: Opera cita/a. (1) J.-B. Dumay: Un ji~f cnpila/isle.

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