623 LA HE\'t.:E SOCIALISTE charrié, à travers le monde, les débris mutilés de la vieille société. Tristes épaves qui nous écrasent encore! Cette ardeur d'action que nous avions alors, a été brisée par la lente pesée des intérèts bourgeois; alors le peuple était vraiment souverain; comme les triomphateurs romains, il trainait à sa suite les rois et les grands; alol's on n'aurait pas, osé, ouvertement du moins, le traiter en inférieur. Ses fières guenilles, usées dans l a lutte, trouées dans vingt combats, le drapaient si majestueusement, qu'elles cfTaçaicnt le pâle éclat des pourpres royales. Espéron s pourtant! le lion populaire se repose; mais sa fauve prunelle brill e au fond des mines; à chaque coup que lui porte le domplcul' boUl'- geois, il frémit; lui aussi veut son théùtre; et ce théàtrc c'est l e monde civilisé tout entier. Plus hospitalier que nos maitres actuels , il en fera généreusement les honneurs à tous. Nos théâti·cs de l'avenir n'immobiliseront pas la majeure partie d'une scène au profit d'un petit nombre. Est-il rien de plus iniqu e que ce système de l'abonnement en vigueur à !'Opéra et à l'OpéraComiquc? (Nous ne parlons aujour,l'hui que des théâtres de chan t subvcntionni:s.) Poussons jusqu'au bout les conséquences de cett e étrange combinaison ; nous arriverons à louer à la m('me personne le théâtre entier pour un nombre d'années indéterminé; il suffir a d'y mettre le prix. Une Américaine s'est bien rencontrée, pou r marchander !'Arc de Triomphe; clic désirait probablement le pose r sur son étagère! Chez certains princes allemands, il arrive fréquemment que les acteurs jouent pour un seul grand personnage qui a trouvé bon de confisquer la salle à son profit. l\lais avouons qu'e n république, le fait est au moins singulier, et mérite d'être signalé . Un théâtre national, payé par le public, devrait ètre ouvert tous les soirs, à toiit le monde. Le loyer nous coûte assez cher pour que nous ayons le droit de rentrer chez nous, à l'heure qui nous convient. Toiites les places devraient rester libres, coûter le même prix et cc prix demeurer modeste. Les premiers occupants seraien t naturellement les mieux placés; comme on a l'habitude, du reste , d'en user aux représentations gratuites. Le directeur de )'Opéra nous objectera qu'il est obligé d'assurer la vie du théâtre (sans compter la sienne) et que cette vie est fort chère! Beaucoup trop chère à notre avis; et pour lui et pour nous; nous restons écrasés d'impôts, pocr couvrir l'énorme subvention qu i .assure à messieurs les abonnés, trois fois par semaine, des plaisirs raffinés; et qui met à leur discrétion la plus belle scène du monde. M. Bertrand peut assurer la vie du théàtre par d'autres moyens que cette intrusion des actionnaires ou abonnés riches, dans ses a!Tair es qui sont d'abo1·d les nôtres. li peut par exemple jouer tous les soirs, ce qui augmentera les recettes. Supprimer les traitements de 50,00 0 •
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