La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

620 L,\ REVUE SOCIALISTE ANGLETERRE De noire col'respondanl Jules Magny Londres, 3 mai 1891. Favorisée par un soleil printanier, la manifestation du 3 mai ù Londres, en fa,·cur des huit heures, a eu un succès complet; succès d'autant plus remar- <1uablc que, contrairement à cc qui était arriYé l'année dernière le parti ouvrier tout entier était d'accord sur la méthode législatiYe pour arriver au but con- ,·oité. En 1890, il y avait eu réellement deux manifestations parallèles le même jour : celle des socialistes réclamant l'intervention de la loi pour ln diminution des heures de travail et celle du « Conseil des métiers de Londres », s'en tenant à !"action des syndicats ouvriers. J\Jais depuis mai dernier la question a considérablement mûri et le Conseil des métiers s'est rallié aux socialistes quant au <"hoixde la métliode . .-\ussi le D• A\"Cling (représentant les socialistes) et )1. George Shipton (représentant les syndicats) ont-ils pu coopérer cordialement pour organiser (d'une façon admirable) une manifestation monstre dans laquelle rognait l'unanimité au lieu de la division de l'an <lcrnicr. La démonstration a naturellement eu lieu à Hyde Park. Douze principales plateformes iconsistant en lourds camions de maraichers) avaient été disposées en é,·entail, allant de MaPble ,\,•eh à JJyde Prwk CoPner, le milieu se trou• vant au pied du fameux llcjo1·me1·~· Tree O('cupé par la plateforme principale portant le n• G. C'est de cette estrade <JUC j'ai pu suinc les in~idcnts de la manifestation et en admirer le coup d'u,il. !.'immense segment de cercle que j'avais sous les yeux fourmillail de manifestants, de bannières multicolores claquant au vent; de nombreuses mu,iques aux acccnis guerriers ou joyeux donnaient un air de fète à Jlydc Park qui pour !"occasion s'était délicieusement habillé de fraiche et tendre ,·erdure printanii:1·e, si réjouissante à la vue. C"est à environ deux cent mille qu'on s·accordc :l e,limer le nombre cl'ou\"l'iers, clc commis, d'employés de toute sorte, et aussi de curieux accourus de tous les points de Londres. La Soci«l Denwc,·atic Fede,·ation avait di,posé quatre plateformes supplémentaires qui se faisaient remar,1uc-r par une profusion de drnpeaux et autres insignes d'un rouge agressif . .\ 3 heures précises, le citoyen .\ ,·cling 111 donner par une sonnerie de bugle le signal du commencement des discours. Parmi les nombreux orateurs délégués que j'ente11dis à la plateforme n• 6, je citerai Aveling, Bernard Shaw (de la Société fabiennc) qui donna d'excellents conseils sur les promesses à imposer aux candidats; puis Cunningham Graham (le seul membre de la Chambre des communes ayant pris part à la manifestation) qui donna quelques détails sur cc qu'il avait vu à Paris le l" mai. Sur les quinze autres plateformes, on entendit des orateurs aimés et populaires, tels que John Burns, Tom 11ann, Ben Tillctt, 1lyndman, Burrows; le citoyen Lafargue fit un discours à la plateforme n• 8. A 5 heures précises, sur une deuxième sonnerie de bugle, partie de notre estrade, on mit aux ,·oix simultanément sur les seize plateformes la résolution suivante qui Jùt acclamée avec vocifération, hurrahs frénétiques et brandissemcnt de chapeaux dans l'air, au grand préjudice de leurs bords. Yoici le texte de la résolution : « Cc meeting déclare que l'institution internationale d'un jour de travail de 8 heures pour tous les travailleurs est le pas le plus immédiat qu'on puisse faire vers leur émancipation ultime et insiste auprès des gouvernements de tous les pays sur la nécessité de réduire la journée à 8 heures de travail, par voie législative. •

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