6H.i LA HEVUE SOCIALISTE de voter un ordre du jour dont les fleurs de rhétorique me semblent étrangement ironiques. La Chambre a couvert le ministère ; le ministère a couvert ses fonctionnaires civils et militaires. Le déni dejustice est flagrant, et si, comme le déclarait Dumay, il n'y a pas de circonstances atténuantes pour le ministre, il y en a encore moins pour les députés. - Allons, l'affaire est entendue : La loi a été observée à Fourmies; les sommations de dispersement exigées avant l'emploi de la force armée ont été faites. Les autorités civiles et militaires ont toutes loyalement accompli tous leurs devoirs, et ont fait montre du plus grand courage. - L'an prochain, la propagande gouvernementale par les faits pourra se renouveler; le ministre de l'intérieur prendra de nouveau le contre-pied de la politique de liberté, dont Millerand a tracé un si beau programme. L6in de confier aux manifestants eux-mêmes, clans l'intérêt de la République, le soin de faire régner l'ordre clans leurs rangs, le gouvernement, toujours provocateur, reprendra, le cœur lége1·, la responsabilité d'une possibilité de conflit sanglant, et entendra s'opposer par la force à des manifestations pacifiques. Cependant nous devons constater que, malgré les herquinades idylliques de la gent gouvernementale, la proposition d'enquête de Millerand fut acceptée par une importante minorité de 136 députés, dont la plupart se sont abstenus lors du vote de l'ordre du jour romantique de M. Maujan. - Et maintenant que le gouvernement est grâcié, on n'a pas eu la même indulgence pom· celles de ses victimes qui vivent encore, et qui ont été arbitrairement condamnées pour revendications ouvrières? L'on n'a pas voulu effacer les condamnations prononcées à l'occasion du 1•• lllai? M. Camille Pelletan a eu l'honorable initiative de déposer sur le bureau de la Chambre une proposition d'amnistie. Elle a été rejetée malgré les éloquentes objurgations de Clémcnceau et de Tony Révillon. Nous attendons avec impatience le sort qui sera fait à ces déclarations de M. Pelletan, dans la Justice du 5 mai: « La façon de comprendre l'union républicaine ressemble à une mystification ... On va sérieusement trop loin ... On n'est excusable d'être dupe que jusqu'à un certain degré; au delà on devient complice. Il me semble que la mesure est dépassée. » - A nous, il nous semble qu'il est grand temps pour certains républicains de reprendre résolument la tête du progrès social par la liberté et la justice. - « Quiconque n'est pas socialiste, n'est pas républicain. ~ •
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