La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

MOUVEMENT SOCIAL EN FRANCE ET A L'ÉTRANGE.R 615 intérêt légitime n'avait à s'alarmer. Cependant le gouvernement s'est jeté dans les mêmes voies de répression que l'an dernier. Mêmes parades militaires, mêmes excitations à l'a!Tolement des esprits, même luxe de mesures précautionnelles pour inquiéter le jugement de 1\1.Joseph Prudhomme, mêmes provocations à l'opinion socialiste. En 1890, l'impérial ministre de l'intérieur s'est couvert de ridicule. En 1891, son excès de prudence bourgeoise lui a fait friser l'odieux. Molière nous a donné les Pi-écieuses ridicules, qui nous donnern !'Odieux ridicule? Dans la France républicaine, la Fête du Travail den-ait plutôt avoir droit à une sanction officielle. Et l'on refuse aux ouvriers le droit de s'assembler sur la voie publique qui est à tout le monde. Et l'on charge les foules récalcitrantes; bien pis on est la cause que des fonctionnaires trop zélés perdent la tête jusfru'à ordonner un feu de peloton meurtrier, jusqu'à condamner un doux poète socialiste à deux ans de prison et cinq ans d'interdiction de séjour. C'est donc avec tristesse que nous sommes obligé de constater que presque partout, en Europe, la manifestation du l" l\Iai a eu la liberté qu'on lui a refusée dans nos Yilles républicaines de France. C'est avec une douloureuse amertume que nous déplorons l'usage que l'on a fait des fusils Lebel et des sentences à la Laubardemont; et tout cela pour n'avoir pas voulu accorder complète liberté de manifestation aux fils de ceux qui autrefois ont combattu pour la République. La Chambre a consacré toute une séance à la tri te a!Tairc de Fourmies, très exactement comparée par Dumay, Boyer et Ernest Roche aux célèbres fusillades d'Aubin et de la Ricamarie, à propos desquelles des accusations d'assassinat furent proférées, non seulement dans la presse républicaine et libérale du temps, mais encore au Barreau, à l'Académie, voire même au faubourg Saint-Germain. - Si la majorité républicaine avait compris son devoir, elle aurait voté l'ordre du jom· Dumay « blàmant le ministre de l'intérieur comme responsable des mesures maladroites et provocatrices prises à l'occasion du t•• l\Iai n. Elle aurait cassé aux gages le ministre qui la tient asservie et qui, malgré les services rendus, vient de déshonorer la République. - Tout au moins fallait-il voter la proposition d'enquête très éloquemment développée par Millerand. l\lais non, on a eu peur « de rechercher de trop près les causes dP.s événements et des fautes commises, de· faire de fàcheuses découvertes ». On a préféré ajouter un semblant de foi aux hypocrisies réformistes de M. de Freycinet; on a acclamé les hypocrisies patriotiques et socialistes de 1\1.l\Iaujan. Et l'on a eu la singulière inconscience de se laisser prendre à une phraséologie bénisseuse et

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==