La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

612 LA REVUE SOCIALISTE courir, battre des mains devant le dictateur; saluer chapeau bas le prévaricateur qui trafique en secret du mandat qu'on lui donne; croire à tout ce qui brille, aimer tout ce qui sonne ; admi1·er le panache et ne pas voir dessous le fantoche Mangin avide de gros sous, ô ! peuple, tout cela, tout ce qui constitue l'état où tu te plais et tout ce qui te tue, tout ce q~i te fait moins aimer la liberté, peuple, ne doit-on pas l'appeler lâcheté? - Crois-tu qu'ils ont vraiment autres choses en tête tous ces glorioleux dont la vertu s'achète, que le soin de pourvoir à leur an1bition? Cela passe, à coup sûr, l'imagination. Le présent, le passé, tout, sombrement l'atteste: ils vivent pour jouir; qu'importe tout le reste. Hegarde. La vertu se prend comme un manteau ; c'est un mas<1uequ'on met pour cacher le défaut. Le visage est austère et le cœu1· est cynique, et si l'on y fouillait, on verrait quel inique et quel louche calcul y dicte l'intérêt. - :\lais, c'est ainsi partout. C'est la loi, c'est l'arrêt devant lesquels il faut s'incliner sans rien dire: qui veut :,'en a{Tranchir doit lui-même y souscrire. On se dit qu'il vaut mieux adorer le veau d'or, saluer le chapeau lorsque Geissler est fort, que de se révolte1· contre un ordre de choses que déclarent mauvais, seuls, les esprits moroses. Et tout cela te plait; telle cho:se a pour toi la magique vertu d'un article de foi. Tu crois voir le salut dans telle ou telle église: on te flatte, il suffit et ton mal s'éternise. Puis, lorsque tu te dis que c'est toujours pareil, que l'avenir qu'on montre est bien toujours Yermeil mais que le présent lourd, - qui chauue jour arrive, ne t'apporte aYec lui nulle réforme active et qu'il te faut sou!Trir toujours des mêmes maux, tu cherches près de toi quelques sauveurs nouveaux. L'expérience d'hier est bien vite effacée; tout te semble possible, et tout est panacée; tu te livres encor, toujours, toujours, toujours. - Et c'est pourquoi tes fers _sont de plus en plus lourds. Gabriel DE LA SALLE.

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