La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LA REVUE SOCIALISTE dès le début àla formation dela Société des Indépendants, qui, chaque année, tient son salon dans le Pavillon de la Ville de Paris. Là nous trouverons avec le respect de l'individualité artistique, une répudiation complète des préjugés de l'enseignement officiel; on y cherche quelque chose de nouveau, on y tâtonne parfois, on y patauge souvent; quand on ne suit pas la commune ornière, on court, c'est certain, le risque de s'égarer, mais c'est le seul moyen de faire des découvertes. Kous avons rencontré aux Indépendants, le si vaillant groupe des jeunes impressionnistes. Là ont exposé Signac, un lumineux paysagiste (les envois de cette année, la Seine à Ilel'bla!J, la l\1e1·à SaintLunnfre et Saint-Briac sont des meilleurs), et Semat, que la mort a enle,·é trop tôt à nos sympathies et à l'art qu'il aimait tant. Là exposaient aussi, le pauvre Dubois Pillet et le mystique Van Gogh, eux encore ravis trop tôt à la vie. De Van Gogh, le faire tourmenté, étrange, mystérieux, déconcerte l'esprit. Certes, celui-là était un mystique, sa Résul'rection est un acte de foi naïf, qui a toute la saveur des primitifs, mais par telles autres œuvres, d'une analyse extraordinaire, il se rattachait aussi à l'effort moderne, et nul doute qu'avec la conscience dont il était doué, il ne fût arrivé à s'é!e,·er hors du rêve brumeux, ·vers la réalité triomphante et la vérité. Le courant mystique, qu'on peut remarquer clans l'art actuel, n'est pas aussi considérable que quelques esprits craintifs paraissent le croire, mais il existe. Ainsi que le remarque justement J .-K. Huysmans, en son récent roman Là-bas, en ce moment comme au déclin du dernier siècle, il y a contre le matérialisme le positivisme triomphant, une réaction mystique. Elle n'est d'une certaine intensité qu'en apparence, il convient de ne pas l'exagérer. Elle échouera. Les meilleurs parmi ceux qui se sont laissé entraîner dans ce remous perfide, et ce ne sont pas les moins convaincus, viendront bientôt grossir nos rangs. Leurs instinctives générosités trouveront à se satisfaire, en la solution des ardus problèmes sociaux. Quant aux moutons de Panurge, ,à ces trop nombreux qui s'emballent, s'engouent sans raison, à la poursuite de n'importe quelle chimère, comme leur amour de ln religiosité n'est surtout qu'un amour de la mise en scène et du vocabulaire et qu'ils sont restés prudemment aux bords de l'abîme, nous n'avons nulle crainte sur leur sort. N'insistons pas davantage d'ailleurs. Nous avons d'autres preuves à donner, si elles sont nécessaires. Aux Indépendants nous aurions d'abord l'exemple de Maximilien Luce, un prolétaire, un vaillant plébéien, dont les œuvres vigoureuses et puissamment réalistes témoignent de la vitalité des idées socialistes basées sur le matéria-

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