La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LE COMMUNIS~IE EN AMERIQUE « Vous ne devez jamais parler à vos enfants avec colère. C'est les livrer aux diables. » « Accomplissez votre tàche comme si vous deviez mourir ensuite. » « Dieu est amour. Si vous aimez Dieu, vous aimerez votre prochain. » Rien de neuf dans tout ceci. Ce sont des banalités. Et sur ces banalités, transmises de génération en génération, on voit une communauté vivre et prospérer, tout en rejetant la loi de procréation naturelle. Ce résultat étonnant ne démontre-t-il pas que tous les aphorismes scientifiques, dans le développement social, valent moins que les lieux communs de la morale issue d'une hypothèse religieuse, si absurde qu'elle soit? Dans la courte période de 1787 à 1792 surgirent onze sociétés <le Shakers: deux dans le New-York, quatre dans le Massachussets, deux dans le New-Hampshire, deux dans le Maine et une dans le Connecticut. 1II LE$ 'l.\l'i!FESTATIONS On sait que les États-Unis sont souvent sujets à des fièvres de religiosité, semblables à celle qui s'empara une fois de la ville moqueuse de Paris et resta célèbre comme un fait unique dans son histoire. Les phénomènes physiques si étranges, qu'exhibèrent les convulsionnaires de Saint-1\lédard, ne cessent de raviver la foi américaine : pleurs, tremblements nerveux, cris d'agonie, évanouissements, prostration équivalente à une insensibilité complète; voilà ce qui se produit au milieu des foules, campant plusieurs jours de suite dans les forêts ou dans les champs et se grisant d'une éloquence fortement imagée et du chant des hymnes. Dans les premières années de notre siècle, le Kentucky, région de vertes et/ riantes collines, eut une crise de ce genre qui se prolongea plusieurs • années, une multitude d'hommes, de femmes et d'enfants blancs et noirs, se transportant d'un endroit à l'autre pour donner libre cours aux épanchements d'une exubérante piété. Dans ces meetings, le paroxysme atteignait parfois une telle intensité que parfois des assistants, en grand nombre, après avoir écumé de la bouche, prononcé des paroles incohérentes, gesticulé de toutes les façons, vociféré à plein poumon, tombaient anéantis et se réveillaient rangés e'?-ordre, comme des corps morts, afin de ne pas être foulés aux pieds de la multitude ou écrasés par les chevaux ou par les véhicules. Nul âge

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