La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

538 LA REVUE SOCI.\LISTE En résumé, la France, à l'exception de Paris, n'a pas d'organisation sanitaire. Les lois d'hygiène, si incomplètes qu'elles soient, restent lettre morte. Il y aUTait urgence à établir une législation détaillée en ces matières. Mais, avant la création d'un véritable code comme le code anglais, deux lois s'imposent avec un caractère de pressante nécessité: d'abord une loi sur les maladies infectieuses, forçant les médecins praticiens à déclarer à l'autorité compétente les cas qu'ils seraient appelés à soigner, donnant à l'isolement des malades et à la désinfection des locaux un caractère d'obligation stricte, et ensuite une loi sur la vaccination et la revaccination obligatoires (l). Quelques données statistiques complètent la démonstration que donne le D' Palmberg dans son ouvrage. Ainsi, en Angletene, la mortalité par la fièvre typhoïde était de 9.8 pour 10,000. Après l'application des mesures sanitaires, elle est descendue à 2.1 pour L0,000.Dans la ville de Londres, la mortalité par fièvre typhoïde était de 9.9 pour L0,000en 1830, et en l88H,elle était descendue à 1.G. A Paris, la mortalité par la même maladie était de IH.'i.5 pour 10,000 en 1850, elle était encore, en l&'iS, de 9.0 pour L0,000. L'Angleterre doit en partie sa législation de la santé publique aux chifTres publiés par l'éminent hygiéniste D' John Simon, qui a prouvé que l:25,000personnes au moins mouraient prématurément chaque année par suite des vices de l'hygiène publique. Le D' Palmbcrg calcule, en se fondant sur le chifTre de 1:tï,000 décès él'ilaùlcs, que l'Angleterre gagne chaque année H:10millions de francs qu'elle perdrait si elle n'avait pas institué une organisation remarquable. Voilà des arguments concluants. Feront-ils quelque efTet sur l'esprit de nos députés? Nos hommes politiques proclament sans cesse l'ardeur et la pureté de leurs sentiments patriotiques. Ces même_s sentiments leur feraient un devoir <l'aviser au plus vite et <l'épargner à un pays dont la natalité décroît, dont la population tend ù rester sta- (1) \'oir à cc ~ujct la récente disl'ussion de l'.\c:ulémic de médecine (jam·ier 18\ll). L'armée française, dans laquelle la vaccination est tr~s rigoureusement appliquée, n'a eu , 1ue 101 décès par rnriolo <!n huit ans, chiffre, inf'érieur à celui des décès par variole en quelques semaines seulement dans une de nos i;:randes, illcs. :\1. Proust (séan!'c du 20 janvier 1891)a établi quo la mortalité moyenne en .\llemagnc pour les dix années consécutives à la loi do la vaccination et de l:t re,accination oblig-atoircs est tombée à 2.23 pour 100,000. En Autriche, où aucune obligation n'existe,, la mortalité est 27 fois plus élevée. Pa,·i•, ù lui ,cul, compte plu~ de dé<'è~pa1· ccll'iolc que tout l'empire allemruul.

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