La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LA REVUE SOCIALISTE peu de vie de temps à autre, par intermittences. Cette création insuffisante à tant d'égards, mais qui pourrait devenir, sous l'action d'un gouvernement éclairé, quelque chose d'analogue au Local yovemment Boal'Cl, est duc à la Ré,·olution de 181-8,tant il est vrai qu'en France les réformes les moins contestables sont rendues impossibles pendant les périodes de calme par l'incurable routine de la bourgeoisie gouvernante. - C'est encore la Révolution de 18'1,' qui créa les conseils d'hygiène et de salubrité qui existent dans chaque arrondissement. Au chef-lieu de chaque département existe un conseil départemental. Les membres de ces commissions sont nommés par les préfets et généralement bien recrutés. ~lais jci, même défaut. Tout le pouvoir est entre les mains des préfets et des sous-préfets, qui convo([uent la commission compétente quand il leur plait et qui jugent souYcrainemcnt, sauf quelques cas, si une aITaire doit ou ne doit pas leur être soumise. Beaucoup ne sont réunies qu'une ou deux fois par an, d'autres sont restées plus d'une année sans être appelées à faire acte d'existence. On leur soumet juste les rares aITaircs pour lesquelles leur avis est indispensable. Les séances sont brèves et consistent en une simple causerie. Chacun a hâte d'en finir promptement: le préfet ou le sous-préfet, pour reprendre ses paisibles méditations, et les membres du comité, pour retourner à leurs aITaires. L'autorité préfectorale n'est pas tenue de suivre les aYis qu'elle a sollicités, elle est souveraine maîtresse d'agi1· comme il plaît i1 son incompétence. Si les commissions, animées d'un zèle louable et dépassant l'ordre du jour de la séance, présentent au fonctionnaire qui les a convoqués des observations inspirées par l'inexécution d'une loi ou par la nécessité de remédier à quelque cause d'infection, on écoute d'une oreille à peu près complaisante ces conseils désintéressés et on leur oppose la force d'inertie. Il peut arriver qu'une épidémie s'ensuive ; mais il sera bien temps alors de prendre des mesures, la bureaucratie n'aime pas la hâte. La surveillance de la mise en pratique de nos lois d 'hygiène bien incomplètes n'appartient pas à ces commissions, qui n'ont_ ni vie, ni activité, ni pouvoir. C'est là une de ces institutions de parade et de façade, comme il en existe beaucoup dans notre pays. De loin, cela fait bon eITet; de près, on aperçoit que, sous cette belle apparence, il n'existe rien en réalité et que personne ne s'occupe de l'obse1·vation des lois et des règlements d'hygiène publique. Nous sommes bien loin, hélas! des Local Boai·d of IIeallh. Notre législation sanitaire est très insuffisante, mais elle a un défaut plus grave encore, c'est de n'être pas appliquée ou de l'être très peu, surtout en province. Nous possédons une loi sur le commerce <les aliments et des boissons, une loi sur les logements insalubres qui est vague et compliquée et qui ne laisse pas aux maires un pouvoir

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