4Gi LA REVUE SOCIALISTE qu'il nous a paru intéressant de placer sous les yeux de nos lecteurs. • l\I. Bcaufroy, industriel, membre du Parlement anglais, a institué chez lui la jour[!ée de huit heures. Interviewé par un rérlacteur de la Pail .\fait (;azette sur les résultats obtenus, voici les très nettes déclarations faites par ce patron, que nous trouvons reproduites dans I'mis du 2!) mars : « Quand j'ai pris en main la direction de l'usine, la journée nominale était de neuf heures, mais en réalité elle était beaucoup plus longue. Sous le plus léger p1'étexte, on avait des heures sup plémentaires, et en octobre et en novembre les veillées étaient la règle. C'est pendant ces deux mois que nous préparons nos vins anglais pom' les fêtes de Noël, et nos ouvriers travaillaient nuit après nuit, jusqu'à huit ou neuf heures, quelquefois même jusr1u'à. onze heures. Lorsque je me plaignais de cc système, on me répondait que sans cela on ne viendrait jamais à hout de l'ouvrage. « Cependant je me rendais compte c1ue ce système était défectueux, désavantageux pour moi comme pour mes hommes. Après une journée de travail consciencieux, un ouvrier n'est pas dispos pour le travail du soir, et s'il se force pour bien remplir cette tâche supplémentaire, l'ouvrage du lendemain se ressent de sa fatigue. Je pris une mesure raclicale, je supprimai le travail supplémentaire, et, du m(·me coup, le gain supplémentaire. • Les ouvriers furent très mécontents, ils me firent des représentations, assurant qu'octobre et novembre étaient pout· eux les mois les plus rémunérateurs et que la suppression des heures supplémentaires diminuait sensiblement leur revenu annuel. Cette réclamation me parut justifiée, et, pour réconcilier mes ouvriers avec Je nouveau système que je venais d'inaugurer, j'élevai leur salaire. Ainsi tous les frais tombaient à ma charge; cependant je ne tardai pas à découvrir que c'était un excellent placement d'argent. Avec l'ancien système, une partie de la main-d'œuvre laissait beaucoup à désirer; avec le nouveau, l'ouvrage était irréprochable. « Au bout de quelques années, l'idée me vint, après avoir assisté à une réunion d'employés du gaz en faveur des huit heures, de tenter cette nouvelle réforme dans mc!Iusines, et pendant l'été de 1889 je mis mon projet à exécution. • Mes ouvriers, quand la journée était de neuf henres, arrivaient à six, prenaient une demi-heure pour aller déjeuner et de nouveau un congé de dix minutes pour une collation au milieu de la matinée, et enfm, à midi, une heure pour le diner; la journée était ter• minée à cinq heures. On comprend que chacun de ces repos occasionne une certaine perte de temps, ca1· il faut reprendre ses outils, se remettre en train, et tout cela s'accomplit lentement. En outre,
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