La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LA DÉ)IOR.\LISATJON FINANCIÈRE 439 dans les chilîres ci-dessus,.nous faisons entrer en ligne de compte les dettes communales, on peu estimer à 130 milliards au moins la valeur représentative des titres que les État'! et les communes jettent sur le marché financier en proie aux: spéculateur.:!, qui n'ont que l'embanas du choix:, car de plus en plus la fortune publique prend la forme finançière. Auguste Chirac a dressé pour la France le tableau suivant: Valeurs financières. Autres valeurs Total mobilières. mobiliers. Années. Milliard.i;. )lilliards. )Jilliards. 1851. ............. 3,8i0 29,543 34,4l3 lSïO .............. 6,343 40,596 55,939 1882.. ............ 35,5i2 iü,816 106,388 Ces données nous apprennent que de 13::;1à 18S2, c'est-à-dire en trente ans, les valeurs mobilières aut1·es que le, financières, ont un peu plus que doublé, tandis que les valeurs financières seules ont décuplé. Prises comme représentant l'épargne, les valeurs financières étaient, en 1851, environ la dixième partie ducapitul tolnl mobiliel'; actuellement elles en sont le tiel's (1). Il n'est pas besoin d'insister darnntage sur la gravité de cette tendence, la spéculation s'étend toujours, elle devient l'agent universel de la démoralisation publique et du parasitisme le plus éhonté. Et combien vaste son champ d'action? Pour la seule Bourse de Paris, on évalue à près de80 milliards de francs le capital engagé; c'est plus du tiers du capital total de la France. Et sauf quelques centaines de coalisés ou de compères, c'est la ruine pour tous les joueurs (2). Le mal ne serait pas grand si ceux là étaient les seuls perdants; car il mérite la ruine, celui qui malhon- (1) Auguste C1111uc, Les R()is cle lrt République, édition do l8S8. (2JA la séance du 30 avril 18~ 1, )1. ,Le \ïllèlc, chef ,lu ministère cl grand ami des hommes de Bourse, disait en défcn,e de l'agiotage : « C'est un mal sans doute, mais il porte avec lui son remè,h:. Ou vous a fait l'énumération de toutes les personnes qui ,·ont agioter à la Bourse. Je ne crains pas de le dii·e, tous ceu..v dont ce métier n'est pas le métier ou la condition y laisseront leur fortune. • Autre a,·eu d'un premier ministre.« )1. Houher, dit Edouard Dmmoot, dans une note de la Vin d'un mo,ule, aimait à raconter l'anecdote suirnnte : « Je faisais l'intérim de Fould au ministère des finances, et j'a,·ais ,\, cc titre, « la visite des agents de change au l" jan,·ier; je les abordais e11souriant et • je leur dis: « ~Iessieurs, je désire rnus a,h·esse,· une question; je reconnais • qu'elle peut vous paraitre indiscrète, aussi je ,·ous prie de ne pas vous croire • obligés d'y répondre. • Cette question, la voici: parmi les gens qui jouent à la Bou,·se, en est-il au • moins quelques-uns qui fassent fortune f Je vais recevoir une délégation qui

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