La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

41() LA REVUE SOCIALISTE dans divers pays du monde, mais je m'arrête; il est impossible de faire la critique sérieuse d'un système de colonisation dont la base est si vaguement et si imparfaitement esquissée. Tout ce que je puis dire, c·cst qu'avec tout mon désir de voir les enfants perdus de nos villes, et les vaincus de la vie transportés dans des lieux où ils puissent s'arracher à la dégradation et à la misère, je ne puis trouver aucun espoir de succès durable, dans les projets si confusément formulés du général Booth. Ses projets secondaires pour les secours aux pauvres ne méritent que peu d'attention. - Un fonds de secours pour les prisonnie1·s nécessiteux, l'assistance légale aux indigents, des refuges décents pour les prostituées et où elles ne soient pas la proie de l'exploitation et de la faim, des hospices pour les ivrognes incurables, un bureau du travail pou1·hommes et femmes, un mont-de-piété à intérêts modérés, tout cela est évidemment très désirable; mais il n'y a rien de nouveau dans tous ces projets, et quand même ils aboutiraient tous, le problème de l'amélioration sociale du « dixième submergé >> ne serait pas même effleuré. Charité, philanthropie, religion, charité, mots bénis, mais qui ne disent rien que fraudes pieuses au travailleur sans ressources. Et notons que dans tout ceci, notre critique ne s'applique qu'au côté économique des projets du général Booth, et que nous ne nous arrêtons pas sur le fétichisme grotesque de !'Armée du Salut, ses chants et ses danses étranges et à demi sauvages, et pourtant il y aurait fort à dire sur cette forme de superstition dont l'inconvenance peut à peine être excusée en faveur de la bonne intention de ceux qui ont adopté ces doctrines de sang et de feu, et qui prennent part à ces extravagances. On nous a dit aussi que le côté affaire de la question serait traité de la façon la plus précise. Or, le général Booth se vante de faire une recette annuelle de 18,7J0,00ü francs (750,000 livres). Que réalise-t-il, lui demanderons-nous, avec une pareille somme? Très peu de chose, nous s_emble-t-il.Où sont ses comptes? Nous savons ce que, avec quelques milliers de francs seulement, des hommes et des femmes déterminés, énergiques et enthousiastes peuvent faire, et nous savons qu'une association qui reçoit des sommes considérables doit observer la plus scrupuleuse surveillance pour empêcher les malversations. Dans !'Armée du Salut, croyons-nous, on ne difîère en rien du reste de l'humanité, et la preuve qu'on y a bien sa part de la fragilité humaine, nous la trouvons dans un rapport financier de l'Armée du Salut, sur lequel M. Bradlaugh a appelé notre attention. Ce rapport nous apprend que « l'homme auquel aYait été confiée la direction de !'Année du Salut aux États-Unis s'est approprié presque tout ce qu'elle y possédait, >> quoique, ainsi que l'a fait remarquer I

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