La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

4UJ L.\ HE\TE SOCIALISTE Booth, apiè~ ::n-oirpendant Yingt ou tn•ntc ans prêché que la rcliaiou ~cule,rn améliorant les indiYidu~,sullirait ,\ améliorer la société, Ztcconstater, di~-jr, que le gi·néral Booth, lui-même en est venu à pen,cr tout différemment et que, après une longue expérience de de l'inanité prati<]UCde l'_ I 1·1111;e,tu So/11/, pour améliorer la condition matérielle des déshérites, il a été obligé de mettre sa panacée <lecôté et <lerrlégucr la théologie à un rang très inférieur dans le catalogue des remèlles à la misi·rc. Cc ;,e~t pas que nous Youlions nier entièrement les effets de l'action indi\·iducllc sur le dé\·cloppement intellectuel et moral; nous con,·éderons même que le général Booth, avec son système mêlé de fanatisme et de drôlerie, est à même de toucher certains éléments de la population (Ju'il nous serait difficile d'émou voit·. Pourtant, il ne non,; est pas moins agréable de le voir, lui et ses coreligionnaire;;;, acculés ~. cc principe fondamental du socialisme ~ci,n[ifi<1uemoderne : Changer le milieu social pour améliorct· la condition des masses, et cc n'est pas u11mince triomphe pour la th,\oric de l'érnlulion matérielle que, dans un liYrc comme celui-là, on accepte le principe de l'influence du milieu sur les facultés. La première partie du livre ne prête que fort peu à la critique. C'est, en somme, un acte d'accusation fort bien dressé de notre système soeial, avec un tableau statistique précis des ré::mltats, et nous ne pou\·ons <1u'applaudir à la vulgarisation de chiITres et de faits si cITroyablcmcnt élo11ucnts. Bien <les fois déjà ils ont été pubU,s, mais toutes ces répétitions sont utiles et l'impression est d'autant plus grande que cette répétition est plus fréquente. Cc sont bien en cfîet les « Ténèbres de l'Angleterre » que le général Booth explore dan~ les premières pages de son œuvrc. Xous regrettons seulement qu'il ait, si mal à propos, rattaché le récit de ses recherches à l'infâme Yoyage /),ms les léndH·es de l'-1/'rique de ce sanglant llibustier qni a nom Stanley. ~éanrnoins le rapprochement n'ôte rien à la valeur du recueil de faits et de chiffres présentés par le général Booth. Mais le !,;l'lléral n'est pa<; dans Je vrai en déclarant que « rien dans son projet ne :,'atta,tue aux socialistes d'État ou autres, pas plu~ (fll'aux lnùividualistes, aux « :\'ationalistes » ou aucune des <li\'erse-; écoles de la pensée dans le va,;tc champ de l'économie sociale ,i. Si tel était réc-llement le cas, la criti(ruc ne viendrait pas de notre côtP. Examinon<; d'abord les chiffres clîrayants (Ju'ils nous cite. L,· général Booth évalue à 3 millions de personnes, le nombre tot~il ùc « l'armée des déshérités ». Or, d'après des statistiques seneusc,; ùe la ville de Lo;idrcs, un cinquième de la population

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