La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LA REVUE SOCIALISTE J'insiste, Messieurs, sur ces dernières causes, parce qu'il reste toujours une trace de ce qui a été écrit dans tous les styles et répété des mois durant. A cette heure, encore, l'état d'esprit créé par ces manœuvrcs multiples, pour dénaturer le but et le mode de la manifestation du 1•• mai, n'est peut-être pas effacé chez tous. Il n'e8t donc pas inutile de les rappeler. A l'aYance, le Gouvernement avait fait annoncer dans les journaux une procession grandiose, 1a mobilisation de toute l'armée révolutionnaire, appelée à descendre, ce jour-là, par cents et par mille dans la rue tenorisée; et en conséquence il avait, lui, mobilisé l'armée de l'ordre, la troupe et la police, des escadrons de cavalerie et même, dit-on, des pièces légères de campagne. Cette réclame colossale parvint à provoquer quelques attroupements de badauds venus pour voir, et c'est sur ces victimes innocentes de la publicité officielle, que dut s'exercer la répression annoncée. Car de manifestants du 1« mai, on en vit, le soir, clans les réunions, dans les conférences-concerts; mais le jour, et clans la rue, point. Les badauds payèrent pour eux et les coups furent d'autant plus rudes, que les répresseurs étaient furieux de ne pouYoir les envoyer à leur adresse naturelle. N'importe! le lendemain, les journaux dirent que la manifestation occulte avait été dispersée; et cela adoucit quelque peu le dépit du ministre, qui venait de reno,uveler, sous la République, la célèbre bataille de Clichy. l\lais à l'étranger, Messieurs, cette bataille qui, à Paris, abstraction faite des brutalités odieuses commises par la police, n'avait été que burlesque, fut prise au sérieux et ne l1t pas plus d'honneur au gouvernement qui l'avait gagnée, qu'à la population parisienne qui l'avait subie sans trop proteste1·. En réalité, une telle attitude de Paris et du Conseil, si elle ne s'expliquait point par les circonstances que je viens de vous indiquer, et si elle devait se prolonger, au lendemain de l'agitation tumultueuse qui a marqué les années 1888-1889, ferait croire que la capitale de la France est vouée désormais aux seules manifestations bruyantes et stériles, fermée à toutes les initiatives grandes et fécondes qui font battre les cœurs, dans les capitales des autres pays. Ce serait la constatation douloureuse d'une abdication, à. laquelle nous nous refusons de croire, puisque Paris vous a élus, avec le mandat de persister dans les mesures de protection du travail, par vous prises tant de fois. Quant au pouvoir central qui, depuis, a pu constater que les autres gouvernements, loin de considérer la compression des revendications ouvrières comme un signe de force et de stabilité, en avaient largement autorisé l'expression, nous voulons croire qu'il

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