La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

REVUE DES LIVRES 371 les citoyens passés à la condition de salariés; ce qui est la généralisation du salariat et non son abolition. D'ailleurs, il ne croit pas que le rùlc actuel <les entrepreneurs soit absolument un rGle de parasites, la direction tenant dan~ la pro<luclion une place trop importante pour être considérée comme une sinécure. li fait en outre remarquer que du jour où la propriété individuelle des capitaux aura été abolie, l'épargne indi,·iduelle n'aura plus guère de ràison d0 être, el cependant c'est cette épargne qui alimente sans cesse le capital d'un pays. Les différents modes de répartition socialiste sont aussi l'objet de ses critiques. Avcc la formule à chacun selon ses besoin~, il faudrait à prio,·i supposer une somme suffisante de richesses pour satisfaire à tous les besoins. • D'un autre côté, on ne pourrait prendre pour base de répartition des besoins ou des désirs quelconques; mais seulement ceux-là qui sembleraient légitimes, ce qui suppose une évaluation des besoins des hommes impossible à établir. Pour donner à la formule une application pratique, on arrive à ceci: que les hommes devraient vivre dans la société comme au sein d"une grande famille; mais alors, c'est retomber dans le communisme. » La formule de l'école de Saint-$imon, à c!w~un ulon ses caprwités, lui parait également mauvaise, et il demande: • Qui donc devra juger les capacités, le gourer11cment f :\Jais alors, il faut le supposer infaillible. Puis, la supériorité physique ou intellectuelle dc,·iendrait un titre à la richesse, ce qui est injuste. » La formule à chacun selon son trarail parait à 1\1. Gide bien supérieure à la formule à chacun le produit de so,i trarnil, celle-ci étant inapplicable à cause de la division du lra,·ail qui fait le fond de lï11dustrie moderne. L'heure de travail prise comme mesure, ainsi que l'a proposé Karl :\larx, lui semble fausse en ce sens qu"elle met au même nirnau des trarnux dissemblables. Qui clone pourrait songer à mesurer le traYail d"un ouvrier défrichant une terre, et l"assimiler au travail d"un peintre qui couvre sa toile. • Karl Marx répond bien que les statistiques permettront d'établir le temps moyen, ou temps .socialement nécessaire pour une production quelconque ; mais cela n'empêchera pas que l'homme habile ou heureux pourra produire double avec le même nombre d'heures. Alors, cc n'est plus la formule à chacun selon son t,·acail, mais à chacun selon ses résultats. Autant que le permettait la brièveté de notre analyse, nous avons tenu compte des principales objections opposées par 111.Gi<lc, aussi bien aux solutions socialistes qu'à l'immobilité de l'école libérale. o·acorcl avec tous les groupes de l'école nouvelle, il admet la propriété individuelle, le capital, le salariat, le patronat et l'inégalité de richesse. Il reconnait bien que d"après le droit et la stricte logh1uc, la terre devrait appartenir à la société; mais comme cette dernière ne saurait en tirer bon parti, elle doit la concéder aux individus, à charge pour eux de l'exploiter au mieux des intérêts de tous. Ceci étant douné, si nous lui dcm'lndo11s de conclure, il nous répond: « Il n'y a pas de formule de justice di,tril>utive, si on e11tend par là une formule qui permette de résoudre la question sociale. - Il faut prendre l"ordre social tel qu'il est, bon et mauvais tout à la fois, et travailler à éliminer les causes d"injustice et à développer les germes de justice. - ll faut commencer par assurer à chaque être humain ce minimum sans lequel il est impossible de rester ou de devenir un homme, clan, la large acception du mot. - 11 faut assurer à la classe ouvrière une part croi~santc aux bienfaits de la civilisation; quant au superflu des richesses, sïl en reste, le mieux sera de le faire arriver entre les mains de ceux qui pourront en faire le meilleur usage. • Nous sommes déjà, on le voit, passablement loin du laisser-faire officiel; M. Gi<le ,,a nou&en éloigner encore en abordant les voies et moyens.

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