REVUE DES LIVRES 369 Il fut un temps où cette école, se drapant fièrement dans son dogme d'immobilité, pouvait jouer la dignité et se di,peoscr de riposter à chaque coup droit qui lui (•tait porté, soit à propos de l'intcr\'entioo de l'i,tat, soit à propos de la prop1·iété <lusol. C'était à l'époque ou clic n'avait guère dc,·ant clic que des socialiste,, de ces hommes qu'il était de bon ton de qualifier d'illuminé s, de ré\'olutionnaircs ou de partageux. i\lais, aujourd'hui, elle se trouve face à face a,·ec ses propres enfants, enfants terribles qui se sont émancipés et qui on t jeté sans ,·crgogne leurs lisicres par-dessus les buissons. JI faudra donc répondre autre chose que des lieux communs, ou se décider à avouer ses erreurs. Dans cette étude rapide, forcément limitée, nous n·c~scayrons pas do fa ire une analyse complète du livre. JI scraiL également superflu de constater qu'il est écrit <le ce style clair, sobre et correct qui fait de l\I. Gide un écrivain scientifique de premier ordre. Nous n'étudierons pas non plus en détai l les di\'ers groupes qui nous sont présentés; tout cela, le lecteur pourra le tro uver dans l'ouvrage même. Ce que nous voulons essayer de mettre en relief, c'est le côté positif que présente l'é,·olution qui s'accomplit ; et, nous prenons l\I. Gide comme personnifiant aussi exactement que possible le rameau fran - çais qui se détaC'he de la souche économique ofRcillllc. Une chose frappe tout d'abord, c'est la méthode employée par M. Gide, méthode qui indique parfaitement la tournure de son esprit el sa répu lsion pour toute cspè,·e d'exclusi,ismc. L'économie classique procéda il par déduction, parlant de données considéré es à p,•iori comme indi~cutables pour en dMuire, par voie de conséquences, une série indéfinie de propositions. Parmi les groupes de l'école nou,•ellc, le groupe historique n'admet a.u c ontraire que la. méthode inductive: celle qui part de l'observation de cer tains faits particuliers pour s'élever progressivement à des propositions générales. l\L Gide trouve que ces deux métho,les sont trop étroitement enserrées d ans leurs cadres. c Selon lui, il y a. trois étapes à parcourir : l • Obsercer lei faits sans idée préconçue, mèmo ceux qui paraissenl à prcmicre ,ue insignifiants. 2• Jma!Jiner une explication générale qui permette de rattacher entre eux certains faits; en un mot, Jaire une hypothè~e. 3• Vél-ijler le bien rondé de cette hypothèse, soit par l'expérimentation si possible, soit par une o bservation spécialement conduite, de manière à s'assurer que l'hypothcse cOl'l'eSpond exactement aux faits. • On voit, ainsi que nous l'aYons déjà remarqué, que c'est là un éclectis mo de bon aloi. Cette méthode ne dénote pas seulement une réaction contre l'école libéra le; c'est mieux que cela, c'est une scission définitive et irrémédiable. En effet, ~1. Gide lui adresse ce sanglant reproche: Yotrc c,•edo ré,idc dans un optimisme imperturbable, et mu~ cherchez avec un pa,·ti pris, qui dèvient irritant, à justifier les choses existantes. Pour vous, les loi~naturelles, que personne ne s onge a nier, vous semblent parfaites et surtout immuables; tandis que la loi natur elle, la lui par excellence, celle de l'<'colution, bien loin d'exclure l'idce de changement, suppose au contraire que le changement est une des conditions essenti elles de la vie, pour les sociétés aussi bien que pour les êtres. • t,.t ce n'est pas un reproche fait à la légere ; il cite des textes et nomme les auteurs. i\l. Leroy-13eauhcu a écrit: • Les lois qui président au capital, aux salaires, à la répartition des richesses sont aussi bonnes qu'inéluctables. • Et M. de Molinari : « Nous disons que les lois naturelles gouvernent la pro ductioo et la. distribulion des richesse, de la manière la plus uLilc••••• c'est pourquoi notre évangile so résume en ces quatre mots : lais8er Jaire, la.isaer pa,sse,·. •
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