LA RE\ UE SOCI.\LISTE ailleurs, a éveillé chez les tl'availleur" de cc pays une conscience, une dignité et un sentiment du droit qui, autant, sinon mieux que l'évolution l•conomique proprement dite, les ont de bonne heure incités à s'orga111s<'r, à se constituer en un parti puissant, rénéchi, ayant ses organes offir·icls, ~es as"i~cs solennelles, ses parlements délibérants, son pouvoir exécutif particulier, dont le~ actes et les décisions sont connus de tous. Nous allons donc suiHe Je rapport de ;,l. Emmanuel Arago, à travers le développement des associations, dont les prog1·ès ont. marché de pair avec ceux de la condition économi<1uedes travailleurs. I. - Llt 'ucii:11• 1/u (; rütli. Dè" 1867, 011 ne comptait pas moins de 11,000associations de toute nature sur le sol heh·étique. Mais la société vuvri~1·e par e:-..cdlence a toujours été le Grütlit•c1·ei,1,fondée en L~:n, ;\ Genève, c'est-à-dire dan-; la :::iuisse romande. Le fait e::t à retenir, car l'c;;prit <l'association semble bien mieux dé,·ctoppé dans le;; cantons suis::ie;;allemands, que dans les cantons romans de langue française. Quoi qu'il en soit, elle se propagea a;;sez rapidement et devint bientôt une société nationale dans toute l'a,·0epti,,n du terme, car elle compta en peu d'années un grand nombre <l'adhérent.s dans toute la Suis::ie. A l'rpoque oü fleurit l'Internationale, en 18üS, la société du Grülti traversa une cr;:,(' aigue qui, un instant, arrêta ::iondéveloppement. Le programme <lel'Imemationale dépassait le sien et recrutait des adhérents dan" son propre sein; d'où une hostilité assez viYe entre le,: deux granùes association;;. La société suisse s'effrayait un peu des vi:sées ambitieuse::, de l'Internationale, qui, débordante d'espérances, s'annoHçait l.:Ommeportant, dans les plis de son drapeau, l'émancipation complète, prochaine et définitive des travailleur;; de LousJes pays. Les bons sociétaires directeurs du Grütli, très nationalistes, attachés surtout à la défense de leurs intérêts immédiats, à l'amélioration de la situation de leurs propres membres, répugnaiPnt à l'action révolutionnaire et mondiale, dans laquelle l'Intc1·- nationalC' s'engagea de plus en plus avant, après qu'eurent été subordonnés les éléments modé1·és qui, au début, dans les pays de langue française, formaient la majorité de l'Association. La vastitude des pro!Jlèmes de toute nature que l'Internationale soulevait ne pouvait qu'effra) cr ces paisibles et lents pionniers, accoutumés à mard1er d'un pas sûr, mais peu rapide, dans la voie des prog1·ès sociaux. Il y eut donc conf1it entre les deux sociétés et malgré l'antériorité du Grütli, l'esprit particulariste suisse, assez développé, la
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