La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

1::c110s DRA~IATIQQES ÉCHOS DRAMATIQUES Thermidor aux Français. - Jeanne rtA,·c au Châtel<'!, Le Théâtre-Français !'ubit une véritable crise; il est en révolution complète. Tant mieux: l'éclair jaillit de la tempête; la question de la censure revient à l'ordre du jour; le public apprend à connaître en une heure ses ministres, ses directeurs des Beaux-Arts ou du ThéùtreFrançais, et même ses acteurs, mieux qu'il ne l'aurait fait en plusieurs années de calme. Sur un terrain considéré jusqu'à présent comme neutre, mais qui devient favorable aux fleurs de lis; à propos d'une pièce de médiocre valeur, Thel'midol', de M. Sardou, les partis se sont rencontrés. Les sifOets (c'était leur droit) ont couvert les applaudissements; les injures, les cris, les poursuites bestiales dans l'escalier d'honneur, ont fait frémir les grandes ombres de Voltaire, de Rachel ou de Talma. Décidément, la foule déchaînée est partout la même, qu'elle porte l'habit ou la blouse! Dans un intérèt d'ordre général, pour éviter les collisions, l'interdiction de Thermidor est prononcée. Immédiatement les Mai·distes tentent de mettre Molière aux arrêts et le Théâtre-Français en grève. Un vote de la Chambre est nécessaire pour mettre fin à cette échauffourée. Mais Thermido1· proteste et menace de porter à l'étranger ses petites pattes de mouche. Il ressort de cette triste aventure une vérité consolante : Le vrai public des Français, celui des p,etites places, le grand nombre, a le respect de ses origines; il sait qu'il date de la Révolution et ne renie point sa mère; il ne souffre pas qu'elle soit bafouée, insultée ou travestie. Que le gouvernement veuille bien y penser, que les auteurs se le disent : nous sommes las de voir éternellement mettre sur le pavois ceux qui devraient ètre aux gémonies. La république est fière, altière et pure. Quand le sang écla-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==