La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LA REVUE SOCIALISTE LA SOCIÉTÉFABIENNE TIIE FABIAN SOCIETY (Suite) III George Berna1·d Shaw.- A mon avis, Shaw est le membre le plus important de la Société fabienne. Cette déclaration, j'en suis certain, ne blessera pas sa modestie, par la raison que, comme la plupart des Fabiens, il en est presque dépourvu. Il a conscience de sa valem·, sans être le moins du monde un poseur. Dans le cas des prosélytes et des prêcheurs, la modestie est en effet un bagage embarrassant, et comme les Fabiens sont des apôtres itinérants du socialisme, il leur faut s'affirmer parfois avec immodestie. Shaw est Irlandais. Il est né à Dublin en 1856. C'est donc un jeune. Grand, mince, figure longue, avec une barbe rousse, rare sur les joues et s'épaississant un peu sous le menton, moustache grêle, cheveux raides, front haut, nez droit et saillant avec une narine pincée caractéristique, petits yeux vifs, Bernard Shaw possède un ensemble de traits qui fait impression. C'est un artiste, par tempérament et par -éducation. Sa seule affectation extérieure est de porter exclusivement un chapeau de feutre mou à calotte plate et des gants de fil de couleur foncée. Ne lui parlez pas de« tuyau de poêle», c'est une atrocité; ni d'habit à queue de morue, c'est une horreur. Et cependant il est forcé d'en endosser un, quand sa fonction de critique musical l'appell~ aux premières représentations de Covent Garden; mais en manière de protestation il porte un habit râpé. L'habillement semble être pour lui le dernier de ses soucis, sans quoi il ne porterait pas cet éternel veston étriqué qui lui sied mal. Je m'étends un peu sur ces petits détails, parce qu'en dépit de leur futilité ils donnent de l'homme une idée plus complète. Le père de Shaw était un 1·etraité du gouvemement qui s'était lancé dans le commerce, où il ne réussit pas. Toujours à court d'argent, il fut incapable de donner à ses trois enfants une instruction

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