LE DROIT A L'EXISTENCE Bien que parti des régions officielles, cet appel resta à peu près sans écho. Après comme avant, l'assistance sociale fut confinée dans les bureaux de bienfaisance et dans les services hospitaliers, l'assistance privée se forma aux efforts restreints de quelques sociétés d'inspiration chrétienne et d'un petit nombre de philanthropes éclairés; elle fut par conséquent aussi insuffisante que par le passé, quoique dans toute l'Europe et dans l'Amérique du l'{ord elle n'ait cessé depuis de faire des progrès sensibles. Sa persistante impuissance s'explique par le rapide accroissement de misère qu'en• gendre le capitalisme dans la série de ses développements, et aussi par le progrès moral qui fait que les privations sont toujours plus vivement, toujours plus douloureusement ressenties. Les charitistes ont cependant fait des efforts louables, depuis un demi-siècle; lelll' action revêt mille formes : œuvres maternelles, sociétés de crèches, sociétés protectrices de l'enfance, sociétés d'adoption pour les enfants abandonnés, orphelinats divers, protection des apprentis et des jeunes gens, sociétés de placement, sociétés de rapatriement, sociétés d'assistance par le travail, asiles de nuit, asiles-ouvroirs, œuvres de la Bouchée pain, caisse des loyers, resfuges divers, sociétés d'appui et de réhabilitation pour les libérés, sociétés d'assistance judiciaire, maisons de retraite, asiles de vieillards, etc., etc. Mais tout cela, quelques gouttelettes perdues dans l'immense désert de la misère. Les charitistes, qui ne peuvent se faire d'illusion là-dessus, cher· chent à parer à cette impuissance reconnue des bienfaisances individuelles sporadiques par la fédération des œuvres charitables. Un mouvement intéressant se dessine en ce sens. l\farbcau, i\loreau Christophe, \Vatte,·ille, ::-1 11• Boëldieu, etc., participa à la fondation de sociétés de bienfaisance avait bien sai~i le caractcrc expropria• tcur du capitalisme: • La double tendance des grandes exploitations est à la fois d'augmenter )c nombre des prolétaires et de les réduire à un emploi de puro exécution. A me-•ure que ln rvande indust,·ie s'tllèce .•tir une plu.• 9rande échelle, elle a.Daiblit la classe moyenne, en 'réduit l'impo,·tall<·e et l'aisance. Elle frtit nait,·e clans l'empire de t'indu...•tl'ieune so,·te de féodalité noucelle, en groupant de vastes familles de travailleurs autour d'un chef-lieu, en liant leur des• linée à ses établissements. c Alléguerait-on, pour atténuer les fâcheux effets de cette nouvelle situation, cc qui a été dit à l'égard des serfs ... , que l'ouvrier est assuré d'un salaire journalier et exempt par là de tous soucis. • 1\lais en supposant que celle sécurité fût fondée, et elle ne l'csl pas, elle lie serriit acqui.•e qu'etu:» dépen~ de la diynité du t,·cicailleur. S'il n'rt pfo• de souci, c'est qu'il n'est plus l'a,rbit,·e de son sort. Cette sécurité d'ailleurs peut être trompeuse, car son sort dépend de la bonne volonté du chef el de la durée ùc l'établissement dont la chute crée toujours une Ioule de misérables. »
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