La Revue socialiste - 1891 - Tome XIII - vol 01

LES CONDITIONS DU TRAVAIL 139 » ces secours, l'ouvrier doit avoir le domicile légal, c'est-à-dire » avoir été employé pendant deux années consécutives au service » de la même exploitation. Or il est arrivé fréquemment que, pour » se soustraire il. l'obligation de secours, des propriétaires ou direc- » teurs de mines ont congédié leurs ouvriers, quelquefois pour un » temps très court seulement, avant l'expiration de ces deux :t années. » Pour mettre Jin à ces abus, une loi du 14 juin 1884 a complété le~ lacunes de la loi de 18'12, et désormais « le domicile légal, dans un district, ne se perd que par l'acquisition du mème droit dans un autre district. » Ainsi qu'il est facile de s'en convaincre par le trop court résumé que nous venons de piacer sous les yeux de nos lecteurs, la presqu'île scandinave est entrée nettement dans le grand courant économique social contemporain. Le développement de son industrie date à peine de quelques années, et elle n'aura pas traversé les cruelles et si douloureuses périodes d'attentes, par lesquelles sont passées les nations de l'Europe centrale, avant d'obtenir une législation sociale, répressive des abus inhérents au régime de production capitaliste. Il y a là un fait important, qui méritait d'être noté, et nous nous sommes quelque peu étendu sur le rapport de M. Millet pour le mettre mieux en lumière. Ce fait, le voici : Les progrès sociaux ont une force d'expansion pœsque irrésistible, et s'ils ne s'eITectuent qu'en suite de conditions générales déterminées - économiques, politiques, intellectuelles, de race, etc., - leur apparition, grâce à cette force, que M. Tarde a appelée !'Imitation, peut être proYoquée par des causes extérieures diverses, nullement identiques, chez tous les peuples d'une même époque et d'une même race donnée. L'évolution sociale n'a donc pas le caractère de régularité inflexible qu'on se plaît il. lui attribuer. Ses facteurs va1·icnt; les phases qu'elle traverse n'ont pas même durée, les stades de développement qu'on lui assigne peuvent être franchis, pour ainsi dire, à pieds joints, sans que l'ordre et la succession naturels des phénomènes en soient troublés. En Suède-Norvège, par exemple, il est évident que les conditions économiques n'ont pas eu sur les progrès sociaux accomplis l'influence qu'elles ont exercé partout ailleurs. En Allemagne, en France, - dans ces deux derniers pays surtout - il a fallu passer par une phase fort longue de liberté capitaliste illimitée, avant que l'Etat et les classes ouvrières aient réclamé une législation restrictive de cette liberté. En Suède et Norvège, à peine sorties de la période de production morcelée et individuelle, alors que la petite industrie est encore prédominante, les classes ouvrières jouissent d'une protection sociale de l'Etat, au moins égale, si ce n'est supérieur61 à celle des classes ouvrières françaises.

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