112 LA REVUE SOCIALISTE « quoi satisfaire ce besoin de sa pensée et de son cœur. - Emporté « par son tempérament de théoricien mis au service de la plus noble « et de la plus touchante des causes, il s'efforça en toutes circons- • tances de rattacher les moindres détails de son activité au rêve « qu'il poursuivait: le développement de la science sous toutes ses « formes et l'amélioration de la condition humaine. Initiateur du « mouvement qui tendait à doter l'université de Bruxelles d'une « faculté des sciences sociales, de Paepe, après de longs et inutiles « efforts, voit enfin la réalisation imminente. L'idée a germé; « d'autres l'ont reprise et, le temps ayant marché, satisfaction va « enfin être donnée à des revendications légitimes. C'est alors que, « voulant se rendre compte des conditions dans lesquelles va fonc- « tionner l'institution nouvelle, il demande communication du projet « de 1·èglement, et n'arrive même pas à l'obtenir! • Le 31 octobre 1&39, il écrit à son ami M. Hector Denis, cœur généreux et esprit éminent comme lui, cette missive navrante, « qui, dans sa résignation douloureuse et exempte d'amertume, donne bien mieux que je ne pourrais l'exprimer la caractél'istique de cette âme d'élite : ..... Si le rilglement organique de cette faculté de sociologie est tel qu'on me l'a décrit, j'ai l'intention de me présenter aux examens, pour conquérir les diplômes qu'elle conférera - bien entendu si le maU\·ais état de ma sant.é et un peu aussi celui de ma bourse, vu les dépenses d·inscription - n'y mettent obsiacle. (Juant à solliciter une chaire, je n'ose pas y songer. Alors que mon acliviti, soeialistll a fait <1uel'on n'a même pas ,·oulu m'accorder une humble place de médecin des pau\'l'es ou d'adjoint aux autopsies, ei que, plus tard, on me trouva trop dangereux pour enseigner l'économie politique à l'école indus• triclle, où l'on est lié par un prol'(ramme, ce serait folie de ma pari de supposer que l'on m'admettrait dans une chaire d'université ... Sans compter que, brisé par la maladie, la lutte pour l'existence, les désillusions de tout genre, abruti aussi par la morphine, la belladone, lo stramonium, qui seuls calment les suffocations dont je suis si souvent atteint, je ne puis plus guère songer à commencer un tel enseignement. Il est trop tard, trop tard de dix ans au moins. Je sens mes forces et mes aptitudes s'en aller, ci que je resterai en dessous de ma t:\chc. Aus~i n'ai-je plus, en fait d'enseignement, que la modeste ambition d'apprendre à des gardes-malades à panser avec habileté quelque pauvre blessé et soigner avec <louceur quelque pauvre malade comme moi, d'ètre, en un mot, professeur pour infirmiers, c'est-à-dire, dans l'enseignement médical, cc qu'est dans l'enseignement primaire le modeste instituteur qui apprend l'A, B, C aux enfant~. Et peut-ètrc, sur cc terrain-là, pourrai-je encore être utile à l'humanité, à ceux qui souffrent. C'est riuelque chose! Il me semble même que tout le reste n'est qu'illusion, chimère, fumée. Diminuer un peu la somme des souffrances anxriuelles est en proie tout ce qui vit, - l'homme en particulier - n'est-cc pas encore là le meilleur usage que nous puissions faire de nos facultés durant le rûlc ùrief que nous venons jouer sui· la scène du monde?
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